La peur

J + 6
Un post un peu plus personnel aujourd’hui, alors que le confinement commence – enfin – à s’installer.
Le comptage des jours de confinement envahit les médias, la toile et bien sûr nos pensées.
Sixième jour de confinement.
Et il semble évident qu’il va durer bien plus longtemps que cela. Pour NOUS protéger. Pour que NOUS puissions rester en bonne santé – il faut nous le souhaiter et tout faire pour et #resterchezsoi.
Ce n’est pas un enfermement, ce n’est pas une privation de liberté, c’est une mesure sanitaire de protection.



Mais nous avons peur. Pour nous, pour nos proches, pour nos amis. Nous cherchons à donner des nouvelles, nous cherchons à en avoir, nous ne voulons pas nous sentir seul.e.s. Nous recherchons le contact.
Nous apprenons de nouveaux gestes, nous nous organisons. Chacun.e partage ses astuces et ses trucs, pour remplir la journée, pour se nourrir, pour se cultiver, pour rire (et il faut toujours rire, ne jamais oublier qu’en temps de guerres, c’est par le rire et grâce à lui que beaucoup ont survécu). Nous devenons des experts savon, des spécialistes de la Javel, des docteurs es informations, plus ou moins certaines, plus ou moins alarmistes et sans doute à raison.

Nous rassurons les plus jeunes. Car beaucoup d’entre nous avons de jeunes enfants. « Oui, c’est une maladie très grave. Mais en respectant bien les consignes, tout ira bien. » Ceux-ci découvrent tôt une réalité : papa, maman ne sont peut-être pas immortels.
Nous pensons à ceux qui sont dans la rue. A ceux qui souffrent; A ceux qui se retrouvent isolés, avec un.e conjoint.e maltraitant.e, avec un parent violent. Nous en savons pas comment les aider. Et nous nous en inquiétons. Nous pensons aux enfants placés, au manque d’éducateurs, à la détresse sociale, nous nous souhaitons de ne pas la connaître.
Nous nous offusquons de celles et ceux qui, inconsciemment, ont déserté les villes pour se réfugier à la campagne, exposant leurs voisins de vacances, désormais de confinement, sans s’inquiéter du manque de médecins et des risques coureurs.

Nous apprenons à nous observer, à nous écouter, individuellement. De quoi mon corps a-t-il besoin ? Ai-je faim ou suis-je en train de combler un manque, un ennui ? Ai-je sommeil, suis-je en train de me décaler ? Comment conserver une activité physique ? Comment ne pas tourner en rond ?
Nous guettons, à 20h, ces applaudissements, destinés à tout le personnel soignant, mais qui doit aussi soutenir toutes celles et ceux qui sont là pour nous, pompiers, services urbains, employés de supermarchés, maraîchers, commerçants devant restés ouverts.
Nous découvrons que nous pouvons consommer moins, autrement. Intelligemment.

Et nous continuons à avoir peur.
Que va-t-il arriver demain ? Dans quelques semaines ? Pourrons-nous encore faire la fête, pourrons-nous fêter ensemble la victoire sur le Covid-19, avec qui, comment ? Dans quel état de santé, dans quel état moral, dans quel état économique serons-nous ?

Et l’on s’habitue également. Dangereusement. Au nombre de morts, au nombre de contaminés, aux informations qui changent constamment, qu’on ne comprend pas forcément, qu’on essaie d’analyser, qu’on critique ou qu’on cherche à ignorer. Mais comment ignorer la réalité alors que tout notre environnement se modifie ? En ville, les chants d’oiseaux peuvent à nouveau être entendus, et c’est une chance. Plus de circulation, plus de bousculades, plus d’énervements… Voilà que ça manquerait à certains, rassurés de se dire : si c’est ainsi, c’est que nous ne sommes plus en danger.

La peur est une émotion. Elle est saine. Elle indique, justement, la présence d’un danger, elle nous tient en éveil et nous rappelle que nous devons prendre soin de nous. Elle nous oblige à nous mettre en sécurité, à développer nos ressources internes qui nous garantissent une protection. Elle doit être exprimée, et si possible partagée. La peur a un sens et montre du doigt directement l’ennemi qui nous guette : la maladie.
Aussi, chercher à réfréner sa peur est inutile. Chercher à al taire également. Bien sûr, nous n’allons pas dire à nos jeunes enfants : « j’ai très peur, c’est affreux ». Nous risquerions de renverser les rôles, leur attribuant la responsabilité de nous rassurer. Mais nous pouvons le dire : « Ce virus est très dangereux. Il fait peur car on ne le voit pas, mais il peut être partout. Aussi, il est nécessaire de suivre toutes les consignes ; ainsi nous évitons les dangers. »

Encore une fois, je n’oublie jamais celles et ceux qui sont isolé.e.s ou vivent une situation de violence donc un danger plus réel, plus tangible et plus imminente pour elles et eux que le Covid-19.
Leur situation, plus que problématique, est considérée. Les moyens manquent, bien sûr. Mais ne soyons pas criminellement égoïstes. Si nous savons, devinons, comprenons que chez nos voisins, il est nécessaire d’intervenir, appelons les secours, tambourinons aux portes, agissons. Dans la mesure de nos moyens. Sans culpabiliser de ne pouvoir faire plus.

Et puis, il y a le déni. Celui de celles et ceux qui n’entendent pas, qui n’y croient pas. Qui voudraient continuer à vivre comme si de rien n’était, s’offusquent de certaines mesures, s’insurgent contre les restrictions. Le déni est alors un mécanisme d’évitement. Une manière de gérer son angoisse, souvent malgré soi. Ce n’est pas que de l’inconscience, c’est une protection contre cette peur qui pourrait être trop envahissante, ingérable. Leur déni provoque la colère ou la tristesse chez ceux qui les observent.
Mais elle appartient à leur peur. Et l’heure n’est pas à le juger mais à les aider à prendre conscience pour qu’ils se mettent moins en danger, et mettent moins en danger leurs proches et moins proches.

Moi aussi, j’ai peur. Pas toute la journée. Mais il m’arrive d’avoir peur. Parce que je dois sortir faire quelques courses. Parce que je pense à mes parents. Parce que je pense à certain.e.s patient.e.s et que je sais à quel point cette situation est douloureuse et difficile pour elles et eux. Et je me le répète également : il ne faut pas avoir peur d’avoir peur. Il faut apprendre à l’accepter.
Je respire. Je me protège et me projette autant que possible dans un « après » tout à fait inconnu. J’observe ce que je peux faire aujourd’hui, ce que je pourrai faire demain.

« Il ne sert à rien d’avoir peur »… Il ne sert à rien de le dire ou de le penser. Encore une fois, nos peurs sont là pour nous éclairer et nous permettre de rechercher une mise en sécurité.
Et c’est ensemble chacun.e comme nous le pouvons, que nous arriverons également à nous aider, à nous soutenir.

Pour le moment, dans la mesure du possible, restons chez nous. Prenons soin de nous. Prenez soin de vous.
Dans les jours qui viennent, je répondrai aux mails : annelaurebuffet.contact@gmail.com de demandes de soutien, dans la mesure de mes moyens (la semaine dernière a déjà été très chargée). Pour certain.e.s, je ne pourrai le faire que par écrit et suis déjà navrée de ne pouvoir toujours faire plus.
Restons solidaires.
J’essaierai également de poster plus régulièrement que ces dernières semaines.
A bientôt, à toutes, et à tous.
Anne-Laure






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