Confinement

Depuis mardi, nous sommes confinés.
Plus exactement, car je crois qu’il est nécessaire de l’entendre ainsi, il nous est demandé de nous protéger. De nous protéger et de protéger nos proches. Le virus est dangereux et possiblement mortel.
Depuis mardi, je reçois de nombreux appels, de nombreuses demandes de soutien, différents de ce que je reçois en principe. Parce que la peur, l’angoisse, l’anxiété sont bien présentes. Pour celles et ceux qui vivent au quotidien une situation d’exclusion, d’isolement et d’emprise. Pour celles et ceux dont un.e proche vit une telle situation. Pour leurs enfants.
J’essaie au maximum de répondre. Dans la mesure de mes possibilités. Dans la mesure où mon temps le permet. Je ne peux pas répondre à tous – et je crains, n’étant qu’au début de ce confinement, que les demandes augmentent. Je ferai mon possible pour rester à l’écoute, pour tenter de soutenir ou soulager, pour essayer d’apporter, ne serait-ce que quelques heures, du réconfort.
Hier, j’ai entendu une mère hurler – sa fille victime d’inceste est confinée avec le père. La justice ne fait rien. Et ne peut rien en ce moment. Que dire ?
Hier encore, j’ai entendu une femme pleurer. Son mari était sorti acheter des cigarettes. Elle n’avait que quelques minutes, elle ne savait pas combien, pour dire qu’elle avait peur. Et la seule chose possible a été de lui rappeler que le confinement n’interdit pas la fuite.
Aujourd’hui, j’apprends qu’un père a tout mis en oeuvre – et a eu gain de cause – pour interrompre une mesure d’AEMO, mesure selon laquelle leur fils serait le week-end chez lui, et la semaine chez sa mère. Il sera une semaine sur deux chez chacun des parents pendant le confinement. Le père est maltraitant. L’AEMO avait décidé cette mesure pour le protéger. Mais elle n’a pas été écoutée.

Je pense aussi à toutes celles et ceux qui sont chez eux. Dans des espaces petits, sans beaucoup de lumière, sans beaucoup de vue, sans beaucoup de vie.
En pensant à eux, j’entends également ces conseils : faites du yoga, méditez, retrouvez votre source intérieure…
Ces outils peuvent s’avérer utiles, parfois. Mais ne nions pas nos émotions. Ecoutons-les pour qu’elles ne prennent pas le contrôle de nos actes.

Nous sommes nombreux, thérapeutes, psys, à être à l’écoute particulièrement en ce moment. Ecrivez-nous, appelez-nous. Ne conservez pas pour vous, dans la mesure où vous pouvez échanger, communiquer, ce qui vous effraie.
Nous répondons. Autant que nous le pouvons, dès que nous le pouvons.

Prenez soin de vous.
Restez chez vous.
Mais ne vous condamnez pas. Fuir est parfois moins dangereux que de rester chez soi.

Les numéros d’urgence à conserver 

En cas de suspicion de violence sur mineur, appelez le 119 (appel gratuit qui n’apparaît pas sur les relevés téléphoniques). 

Numéro des associations de protection de l’enfance 

–    La Voix De l’Enfant : 01.56.96.03.00 

–    L’enfant Bleu – Enfants maltraités : 01.56.56.62.62 

–    Colosse aux pieds d’argile : 07.50.85.47.10 

–    Stop maltraitance / Enfance et Partage : 0.800.05.1234 

En cas de suspicion de violence conjugale, appelez le 3919

A (ré)écouter également, Ernestine Ronai, invitée de France bleu le 17 mars.

4 commentaires

  1. En reconversion professionnelle, je suis étudiante en travail social… C’est en regardant en cours votre conférence sur l’emprise que je réalise que cela parle de moi.. En réalité je le savais déjà mais après une énième promesse de changement, j’ai enfoui cela dans un coin de ma tête..
    Je vois un psy depuis le mois novembre.. Ma dernière séance début mars, lui aussi m’amène à aborder ces mots dont je ne veux pas croire : violence conjugale, harcèlement, violence psychologique..
    Il me donne le mois pour noter des faits, et écouter ce que m’ont corps me dit.
    Je prends mes distances, avec cet homme qui partage ma vie depuis 13 ans, celui avec qui j’ai deux enfants.
    Confinement. Quel horreur.
    Lui réalise la distance. Je continue d’être spectatrice. De son cinéma.
    Il dit que je lui manque. Qu’il ne comprend pas « j’ai rien fait dernièrement ».. Comme si cela suffisait à oublier.
    Comment prouver ce que je vis ? Alors que moi même je me demande si je ne suis juste pas trop sensible ? Est ce que j’exagère comme il dit si bien ?
    Il réussit à me faire culpabiliser. Comme si j’étais la méchante avec cet homme devenu « gentil » il y a 2 semaines, sans raison apparente.
    Mais la bête revient.. Je le vois dans son regard. Ses réflexions.
    Je suis tétanisée.
    Comment agir !? Lui qui me fera passer pour folle, pour injuste, pour une mauvaise mère qui fait subir une séparation à ses enfants.
    Un divorce.. Et la maison ?
    Et ça fameuse question « est ce que tu m’aimes ? » a laquelle je n’ose pas répondre, si j’avoue que non je ne l’aime plus : il me dira que c’est impossible, ou alors que j’ai quelqu’un d’autre dans ma vie.
    Si je dis oui, j’aurai l’impression de faire mourir une partie de moi. Mais j’aurai la paix. Un temps.

  2. Ou alors… choisir de s’exposer soi… plutôt que les enfants… les garder à tout prix, sans pouvoir déposer de main courante (puisqu’on ne prend ds ces circonstances que les plaintes prioritaires m’a t on dit – l’intérêt de mes enfants ne l’est pas visiblement. C’est mon choix de les garder… coûte que coûte… parce que le vide est là… juridique, humain. En attente d’une « évaluation » du département du père mais… rien ne vient, et l enfance en danger demande « mais madame rien ne vient… alors oui je choisis la protection de mes enfants!

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