Etre ou ne pas être pervers narcissique

Chaque semaine j’espère ne plus avoir l’occasion de m’énerver. Chaque semaine je constate que l’espoir fait vivre et que je suis en vie. Car chaque semaine rapporte son lot de bêtise, de contre-vérités, menant non seulement aux amalgames et aux confusions, mais possiblement aux fausses accusations, à la diffamation et aux allégations mensongères.
J’ai écrit de (trop) nombreuses fois sur le sujet. Et je continue, et continuerai, souhaitant toujours que ces écrits aident et permettent à certain(e)s de ne plus être dans le doute ou dans la comparaison et le questionnement inutiles.

Il y a quelques jours j’écrivais un post sur Facebook. Je le publie ici, et le complète.
La littérature concernant le pervers narcissique est suffisamment importante pour qu’il ne soit pas nécessaire (quoique) de dire encore ce qu' »il » est. 

En revanche, en lisant des posts et commentaires ici ou là et des questions comme « de quelle région est votre PN ? » , je pense indispensable maintenant de dire tout ce qu' »il » n’est pas : 
– il n’est pas un homme. Parce qu’il peut être femme. C’est non binaire et non genré. 
– il n’est pas scorpion ascendant gémeaux ou vierge ascendant bélier ou je ne sais quoi. Laissez les signes astrologiques tranquilles. 
– il n’est pas grand-mince-bronzé-aux-dents-blanches. Il peut être petit, ventripotent, cheveu et barbu, chauve et glabre, avec ou non des grands pieds, des grands oreilles et un long nez. Ce n’est pas physique
– il n’est pas chanteur, comédien, architecte, chef d’entreprise, producteur, intellectuel, écrivain avec un petit frère, matador, danseuse, maîtresse d’école ou maîtresse tout court. Il peut être tout cela ou bien d’autre chose encore. L’habit ne fait pas le moine. Mais ne changeons pas de sujet
– il n’est pas de Lille-Roubaix-Tourcoing, de Aix-Marseille, de Béziers, Bordeaux ou Bègles, de Strasbourg-Nancy ou Strasbourg Saint Denis. Le lieu de naissance ne conditionne pas
– il n’est pas catholique, protestant, orthodoxe, juif, musulman, bouddhiste, athée, agnostique, apostat, ou je ne sais quoi encore. EN revanche il est intégriste d’une seule croyance et d’une seule foi : celle qu’il se voue. 
– il n’est pas riche ou pauvre, mais il quête la richesse matérielle, seule « valeur » qu’il comprenne
– il n’est pas omnivore, carnivore, vénétarien, vegan ou flexitarien. Il mange. Parce qu’il faut vivre pour manger
– il n’est pas alcoolique, drogué, porno-dépendant… Il est dépendant, à la consommation de l’autre. Le reste vient se surajouter, c’est tout
– il n’est pas idiot
– il n’est pas aimable
– il n’est pas dénué de toute émotion. La colère est quasi permanente même si elle ne s’exprime pas. Il connaît la tristesse, il ne fait pas que la feindre. Mais il n’est triste que pour lui, uniquement pour lui et toujours pour lui. Et s’il peut être triste, il peut être joyeux. Pour lui, uniquement pour lui, etc
– il n’est pas silencieux ou bavard, dénigrant ou insultant, … il a toute une palette de possibilités qu’il utilise en fonction de son interlocuteur
– il n’est pas arrogant ou pauvre petite chose, hâbleur ou taiseux, érudit ou inculte. Mais il possède de façon innée ou presque le sens et le goût de la rhétorique et sait spontanément construire une argumentation en sa faveur
– il n’est pas facile à « détecter » et certainement pas en 10minutes et 20 secondes 
– il n’est pas « partout »
– il n’est pas malade – ce n’est pas une pathologie et il n’existe pas de médicament, de centre anti-poison ou de fumigène anti-pn
– il n’est pas à sauver
– il n’est pas à protéger
– il n’est pas à croire
– il n’est pas digne de confiance
– il n’est pas un homme. Parce qu’il peut être femme. C’est non binaire et non genré. (je sais, je l’ai déjà dit. Mais c’est nécessaire de le redire)

A cette affirmation : « il n’est pas malade », j’ai vu plusieurs réactions : « si si il l’est, sinon vous appelez ça comment ? ». Je n’appelle pas ça une maladie, puisque ce n’en n’est pas une. C’est un trouble de la personnalité, qui touche à la structure et à l’organisation de ladite personnalité. Il n’existe pas de médicament pour traiter le trouble de la personnalité narcissique. Les prises en charge peuvent être thérapeutiques, comportementales, à l’unique condition que ce soit accepté et même demandé par la personne en cause. Or, ladite personne ne se remettant pas en cause, elle ne le demande pas. Il est donc parfaitement inutile d’attendre une prise de conscience, un changement ou un traitement radical.
La personnalité s’est construite avec des mécanismes de défense si solides, si intégrés qu’elle « exploserait » si elle prenait conscience de ce trouble (décompensation se manifestant dans des délires, des bouffées délirantes, des phases de déstructuration psychique, décompensation dangereuse non seulement pour qui la vit mais qui la subit).
En revanche, le trouble de la personnalité narcissique peut s’accompagner d’addictions (alcool, drogue, sexe…). Les addictions peuvent être prise en charge entre autres par des médicaments. Mais PAS le trouble originel. Seuls certains symptômes ou comportements connexes le seront.



Vouloir établir une sorte de portrait robot est parfaitement inutile.
Réfléchir, observer et analyser des comportements est essentiel.

Et surtout, surtout, ce n’est pas en quelques minutes que vous saurez détecter un pervers narcissique. Ce serait oublier la manipulation permanente dont il fait usage, l’absence de considération pour tout autre que lui, le nécessaire usage qu’il fait de chacun et de diverses façons.

Petite bibliographie :
– Barbier Dominique, La Fabrique de l’homme pervers, Odile Jacob
– Buffet Anne-Laure, Les mères qui blessent, Eyrolles et Les prisons familiales, Eyrolles
– Chauveau Sophie, La fabrique des pervers, Gallimard
– Hahusseau Stéphanie, Comment ne plus subir, Odile Jacob
– Hirigoyen Marie-France, Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien, La Découverte & Syros ; Les Narcisse, ed. La Découverte
– Pleux Didier, De l’enfant roi à l’enfant tyran, Odile Jacob
– Racamier Paul-Claude : L’Inceste et l’incestuel, Collège de psychanalyse
Les Perversions narcissiques, Payot
– Searles Harold, L’Effort pour rendre l’autre fou, Gallimard
– Tomasella Saverio, L’Emprise affective, Eyrolles
– Van derKolk Bessel, Le corps n’oublie rien, Albin Michel 


Un commentaire

  1. Merci pour cette mise au point! Quand on a côtoyé la perversion narcissique c’est extrêmement dérangeant de lire tous ces stupides articles et tous ces soi-disant modes d’emplois du pervers narcissiques. Les pervers narcissiques amènent le chaos partout où ils passent et laissent chez l’autre une incommensurable et indicible souffrance. J’ai lu pratiquement tous les livres de votre liste et ils m’ont tous énormément aidée. Ayant eu une mère qui présentait ce trouble de la personnalité , votre livre m’a profondément touchée ainsi que celui de Paul Claude Racamier qui décrit si bien ces mères là.

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