Méfiez-vous des paroles trop faciles

Il m’arrive d’avoir des idées étranges, comme à beaucoup d’entre nous.

Et, comme à beaucoup d’entre nous, il m’arrive de me réveiller tôt, plus tôt que je ne le souhaitais, et trop réveillée pour réinviter Morphée à quoi que ce soit. J’en profite alors pour traîner, je crois que le mot est juste, sur les chaînes U Tube et autres articles ou liens ayant à voir avec la violence psychologiquele pervers narcissiquele PN. Indéniablement, si l’on souhaite des vues, être bien placé dans les moteurs de recherche, et obtenir un grand nombre de like, il faut dire PN. 

En principe, si vous me connaissez ou me lisez, vous savez ce que je pense de cet acronyme, PN. Et si vous ne le savez pas, je vais vous le résumer : pas grand-chose, et surtout pas du bien. Lorsqu’on y ajoute un « mon » (« ma ») PN, je craque. Je sais que notre époque milite en faveur de la rapidité et de l’instantanéité. Je sais qu’il est nécessaire de donner un nom à la cause de la souffrance, pour le moins de la confusion ressentie. Mais à utiliser ce PN à tout bout de champ, la confusion s’installe bien plus. Finalement, qu’est-ce qu’un PN pervers narcissique ? De définitions incomplètes en interprétations obscures, raccourcies, limitées ou amputées, chacun(e) peut en effet s’y retrouver ou plus exactement y retrouver son conjoint, sa compagne, son parent, un collègue de travail, ou un ami d’enfance depuis longtemps perdu de vue, pour peu qu’une difficulté relationnelle apparaisse et qu’il semble plus simple, plus aisé (et beaucoup moins responsabilisant) de mettre en cause l’autre plutôt que d’affronter ses propres méandres. 

Ce qui ne signifie pas que je remette en cause la réalité de la perversion narcissique et de comportements adoptés par certains individus, hommes ou femmes, comportements qui sont tout aussi malsains que destructeurs, tout aussi effrayants que, fort heureusement, plus rares que ce que certains semblent croire, et, pire encore, véhiculer comme message. 

Mais ce post n’est pas destiné à reprendre les caractéristiques de la perversion narcissique ni les incidences et conséquences de ces comportements. 

Parce qu’à 5h du matin, je n’en étais pas exactement là dans mes réflexions. 

En revanche, je badais (du verbe bader : se promener sans but, flâner, rester bouche-bée, bayer aux corneilles… et non dans le sens utilisé par des locuteurs adolescents, de l’anglais bad, mal, mauvais : être triste : « Game of Thrones c’est fini, ça me fait juste trop bader ».).

Je badais, donc, cliquant d’un index fort peu convaincu sur des vidéos annonçant la fin du monde liée non au changement climatique mais à l’invasion de notre planète par des PN qui, tels des extra-terrestres maléfiques, s’insinueraient dans chaque parcelle de notre vie. Et contre lesquels il nous faut bien sûr individuellement et collectivement lutter. En gros, Alien est parmi nous. 

Et, tandis que je badais ainsi, je repense à ce lien qu’un contact m’a adressé sur Facebook voilà quelques jours, et sur lequel j’ai déjà écrit, toujours sur Facebook. Un lien qui m’avait passablement agacé tant la présentation qui était faite du comportement pervers narcissique (car je rappelle tout de même qu’on parle d’une structure psychique induisant des modes de pensée et de comportements), un lien déformant et réduisant la réalité de la perversion narcissique, mais également un lien racoleur et misogyne, et ça forcément, ça me fait bader

Bref, et trêve de digressions, me voilà ce matin découvrant une vidéo du même acabit que la sus-évoquée, vidéo dont l’objet est d’apprendre à rendre le pervers narcissique fou

Nous voilà bien. 

Rendre le pervers narcissique fou

Outre le fait que si je suis extrêmement schématique, on ne rend pas un fou fou, je m’interroge. Comme qui dirait, c’est quoi l’idée 

Quel intérêt à entreprendre un coaching (puisque cette vidéo est proposée sous forme de coaching), de suivre une formation, pour rendre le pervers narcissique (ou la perverse narcissique) fou ? 

Voici, dans le désordre et sans que ce soit exhaustif, les réflexions qui me sont venues :

–      Non mais ça pas la tête ?

–      Vous vous rendez compte du danger que vous créez ? 

–      Vous avez vraiment l’intention de rester en lien, psychique, émotionnel, avec un être destructeur, en cherchant à le rendre fou, et en guettant le moment où il va le devenir ? 

–      Vous avez entendu parler de ce truc vachement dangereux qui s’appelle la violence conjugale et qui peut se terminer en féminicide, homicide, assassinat, bref, qui condamne à mort une personne parce qu’elle avait le malheur d’être là ?

–      Depuis quand on incite, en toute moralité, à rendre quelqu’un fou ? 

–      Non mais ça va pas la tête ? (je l’ai pensé plusieurs fois)

–      Eh oh on n’est pas dans une cour de récré, on joue pas aux billes, là

–      Nanananaire

–      Anne-Laure, coupe tout de suite cette vidéo, tu vas t’énerver

–      Voilà, t’es énervée

–      Non mais ça va pas la tête ? (je vous l’ai dit, je l’ai pensé plusieurs fois)

–      … (parfois il vaut mieux se taire)

–      bippppp (là j’étais très énervée, vous pouvez remplacer le bippppp par le terme de votre choix)

(Pour des raisons que vous comprendrez fort bien, je ne vous mettrai aucun lien vers cette vidéo.)

J’ai respiré un bon coup, je suis allée discuter avec mon chat – qui a eu l’air très peu intéressé, finalement – et me voilà en train d’écrire. 

Quel intérêt à rendre quelqu’un fou, si ce n’est par vengeance ou cruauté ? De fait, quel intérêt, si ce n’est par cruauté, à se venger de celui ou celle qui nous a fait du tort, abîmé, malmené et peut-être en partie détruit ? Qu’une personne victime de ces comportements allant du maltraitant à l’inhumain ait un désir de justice et de reconnaissance : OUI. Mais qu’elle soit invitée à se venger, qu’elle en ait l’intention et d’une certaine manière le droit puisqu’une personne se présentant comme professionnelle l’y invite, NON, trois fois NON. 

Lorsqu’une relation toxique prend fin (et encore faut-il savoir à quel moment le mot finapparaît sur le générique…), elle doit être finie. Stop. Terminé. Le lien doit être rompu. Il est nécessaire de vouloir le rompre, à défaut de pouvoir le faire, sinon, aucune autre construction, aucun autre schéma de vie, aucune considération pour soi, aucun travail thérapeutique, psychologique, aucune reconstruction ne sont possibles. Et je dis bien VOULOIR le faire, et non POUVOIR. La possibilité acceptée et mise en œuvre ne vient pas tout de suite, comme ça d’un claquement de doigt magique. Etre, avoir été en relation, en couple, en famille avec un pervers narcissique ne s’arrête pas en une fraction de seconde, comme on appuie sur un interrupteur. Il faut parfois des mois, des années, pour en sortir réellement. Aussi, STOP avec cette fausse croyance distribuée à coup de vidéos selon laquelle : hop je vais mal, hop j’ai compris, hop c’est la faute de l’autre et hop je vais mieux. 

Le lien DOIT être rompu. Ce n’est pas non plus pour cela qu’il va ÊTRE rompu en une autre fraction de seconde. Parce qu’il y a des enfants en commun, un parcours de vie, une construction, une éducation, des nœuds familiaux, des raisons professionnelles ou sociales, ou encore juridiques, administratives… le lien ne s’efface pas ainsi. En revanche, pourquoi l’entretenir ? Dans quel but ? Quelle est la cause, inconsciente, la raison obscure et implicite qui conduirait une victime à rester dans ce lien, par vengeance ? Pourquoi, POURQUOI les encourager à ça ? 

(Je reviens dans une minute, je vais respirer, je sens que je vais encore m’agacer.)
(Me revoilà)

Paradoxe de cette vidéo, cette personne qui indique à grands renforts de grimaces et de simagrées comment rendre un pervers narcissique fou invite également au no contact. Comme si c’était si simple. C’est tout à fait possible sauf si : 

–      vous avez des enfants en commun

–      vous avez des biens en commun

–      vous avez un travail en commun

–      vous avez des relations en commun

–      vous avez quoi que ce soit en commun

De plus, c’est très violent, le no contact. Pas pour celui qui le subit. Pour celui qui le met en œuvre. Ça signifie : plus de sms, plus d’appels, plus de mails, plus de Facebook, plus d’Instagram, plus de Twitter, plus de tout ce qui aujourd’hui nourrit (beaucoup trop) le quotidien de beaucoup (trop) de personnes. C’est faire plonger cette personne dans un sentiment de solitude et d’abandon terrifiant. C’est lui laisser entendre qu’elle est faible, incapable … si elle répond à un message, si elle envoie un message. Et c’est la mettre en immense difficulté lors de procédures – Madame, vous vous plaigniez du mode de communication de votre mari, mais vous ne répondez à rien, vous ne parlez de rien, vous n’échangez sur rien… Vous êtes consciente de l’intérêt supérieur de vos enfants qui ont le droit d’avoir une communication avec leurs deux parents et que vous permettiez cette communication en respectant l’autorité parentale ? Madame, étant donné votre attitude, vous devriez sans doute vous faire aider et, toujours dans l’intérêt supérieur des enfants, ils seront pour le moment en résidence principale chez le père. 

Bingo. 

Donc, cette vidéo incitant à la vengeance expose les personnes victimes en leur proposant d’agir contre elles-mêmes, et sans s’en rendre compte. 

Parce que le no contact est vanté comme solution juste trop bien, mais pas que le no contact. 

Mesdames, messieurs les victimes de comportements manipulateurs et pervers narcissiques, au cas où vraiment vous vous ennuieriez, suivez un autre conseil : provoquez votre adversaire. (Si si, c’est dans la vidéo, n’hésitez pas). Mettez-vous en danger. Ridiculisez-le en public. Filmez-le, enregistrez-le. Et dites-le lui, tant qu’à faire…

C’est certain qu’en public, il (ou elle) ne réagira pas. 

Mais un conseil : si vous le faites, fuyez ensuite, vite, tout de suite, et loin. Car il ne pourra pas, absolument pas, supporter d’être tourné en ridicule, et encore moins d’être dévoilé, d’avoir son masque de parade qui s’effrite et s’écroule. Et lui se vengera. Vraiment. Dès qu’il le pourra. Le jour même, alors que plus aucun témoin ne pourra le voir. Le lendemain. Un mois, un an après. Il ne va pas oublier. Il va conserver cette offense comme une arme et la retournera un jour ou l’autre contre vous. Et malheureusement il y a de grandes chances pour qu’il ait le dessus…

D’autres étranges conseils sont donnés. Et des solutions miraculeuses aussi, comme une petite formation de trois mois, et voilà tout va bien… 

J’ai beaucoup soufflé, autant soupiré, je me suis agacée, j’ai levé les yeux au ciel, j’ai proféré deux trois mots qu’on ne doit jamais répéter devant un enfant parce qu’ils sont pire que gros (les mots, pas les enfants), j’ai un peu maudit les réseaux sociaux et cette propension à vouloir se faire une visibilité avec des vidéos creuses et dangereuses, j’ai beaucoup maudit notre besoin sociétal de créer des modes (du pervers narcissique au haut potentiel, en passant par l’autisme, la bipolarité, le TDA/H, et j’en passe), et j’ai cru bon de venir mettre mon grain de sel et surtout de poser ici mes réflexions. 

On ne se venge pas. On ne joue pas à vouloir rendre l’autre fou. On n’utilise pas un terme pour un autre. On n’invite personne à se risquer au « œil pour œil »…

Lorsque l’on souhaite le bien d’un être humain, on lui parle de lui. De ce qui est bienveillant pour lui. De ce qui le fait grandir, réfléchir, construire, s’individualiser, s’autonomiser et se valoriser. On ne l’expose pas, on ne le met pas en danger. 

On amène des consciences à s’éveiller, et certainement pas à construire des cours de récré infantiles, immatures et dangereuses. 

Anne-Laure Buffet

11 commentaires

  1. Tout a fait d accord….ces vidéos sont faites dans le seul but d avoir des abonnés et font prendre des risques aux victimes. Je ne communique plus avec cet ex destructeur mais nous avons 1 ado de 15 ans qui aujourd’hui me rejette alors comment faire quand on a peur des sms reçus, lorsque l on est harcelée et que, malgré les preuves, les plaintes sont classées ?… c est très dur à vivre d etre rejetée par son propre enfant sans aucune raison. Placer cet enfant chez un père diaboliquement destructeur, despotique, malveillant n est pas la meilleure idée que les services compétents aient eu. « Pour protéger votre lien mère fils » me dit on 🤔 « votre fils reviendra quand il aura vu derrière le masque » me dit on….mais dans quel état psychique et physique ? La manipulation fait des ravages surtout chez les enfants placés chez ces gens toxiques. Violence psychologique et violence physique : voilà l exemple qu un parent laisse en héritage à son enfant et à la société de demain !
    Une maman et sa famille dévastée.
    PS : j admire votre travail, merci madame Buffet.

  2. Je vois exactement de qui tu parles. En fin de compte c’est assez salutaire ce genre de vidéo, tu sais tout de suite que c’est un charlatan qui te cause. ça grouille sur « U tube » des nazes comme ça, faut faire le tri. Et oui, entièrement d’accord sinon. Et pardon je tutoie mais dans le respect. Bonne journée.
    ps : y’en a d’autres qui pratiquent le blabla des « PN » et qui le sont plus que leurs descriptions et leurs formations sont très chères « haha ».

  3. J’ai lu votre réflexion et je vous sais gré de l’avoir écrite. J’aime à entendre votre colère suite à des injonctions à la violence et à la vengeance faite par des pseudo-thérapeutes. Mon parcours est celle d’une femme qui a quitté un pervers narcissique pour me libérer de la souffrance et de la perte de mon identité que je vivais en sa présence. Mais suite à un travail profond en moi, « affrontant mes propres méandres », j’ai pris conscience que je devais avant tout ME RESPONSABILISER. Et se responsabiliser ne passe PAS par la vengeance.
    Certes on peut ressentir, à un moment donné de son vécu, une souffrance immense ayant été manipulée, humiliée, ridiculisée en public, isolée, battue, détruite psychologiquement et mentalement, le désir de se venger et de vouloir faire ressentir à l’autre, son bourreau, la douleur que l’on a perçue.
    Pourtant, si je veux me considérer comme un être vivant et humain, et pouvoir me regarder dans la glace, je me dois de me responsabiliser et d’apprendre le pardon. Le pardon ! mais de quoi parle-t-on ici ? De salut. Non pas ‘le pardon’ comme l’oubli de ce qui s’est passé, mais comme la capacité de voir l’autre comme un être vivant qui lui aussi doit souffrir pour faire ce qu’il a fait avec méchanceté. Par conséquent, le pardon est en fait la possibilité de voir l’autre comme un frère ou une sœur (lorsqu’il s’agit d’une femme pervers narcissique) possédant comme moi un droit et un pouvoir à l’amour et à la paix.
    Mes paroles vont sûrement scandaliser certain(e)s. Je n’ai jamais dit que c’était facile de pardonner. Cela m’oblige à vraiment travailler sur mes croyances pour les mettre de côté tout d’abord, puis de les annuler, car je choisis de voir l’autre comme mon égal possédant en lui, ou en elle, une dimension d’esprit, d’âme et de cœur supérieure à celle que nous croyons voir ici sur Terre: la chair.
    Et voir l’autre dans sa beauté me permet de me souvenir du rôle qu’il veut jouer : celui du bourreau, et, même si mes quatre enfants, que j’aime tels qu’ils sont, sont encore ignorants et inconscients de la personnalité de leur père, continuer mon divorce long et pénible comme une étape vers ma liberté, ma vraie vie et la Vérité.
    Je romps pour toujours ce lien délétère entre lui et moi. Et, jour après jour, j’œuvre à changer mon état d’esprit dans l’harmonie. À moi les mois et les années dans le choix incessant et répété de m’en remettre à la sainteté, à la Vie, à l’Esprit.
    Je vous souhaite, à vous lecteur d’un moment, le bonheur auquel vous avez droit.

  4. Merci pour vos mots et votre colère. Je crois que j’en aurai eu des sueurs froides d’entendre ça.
    Je me dis quand même que c’est criminel pour toutes celles et ceux qui seront en contact avec de telles vidéos. Laissons aux professionnels de s’exprimer sur ces sujets sensibles.
    Ici, grâce à vous, vos articles et vos livres j’ai compris, évolué, grandis, appris à m’affranchir du passé.

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