Ces enfants que la justice met en danger

Lors de violences intrafamiliales donnant lieu à des séparations hautement conflictuelles, orchestrées par celui – parfois celle – qui ne peut supporter de perdre l’objet de sa jouissance narcissique, il est le plus souvent question de parents donc, d’adultes. Les procédures, menaces et manipulations s’enchaînent, laissant souvent exsangue la victime.
Cependant, ceux qui en souffrent le plus, ceux dont cependant il est le moins question malgré les alertes, les recours, les articles et émissions très nombreux, ce sont les enfants.

Et ce sont bien eux, les enfants, qui sont les premières victimes ; en pleine construction psychique, en recherche d’autonomie, en quête de sécurité et d’affection, ils sont confrontés non seulement à des conflits permanents qu’ils ne peuvent vraiment comprendre, étant souvent instrumentalisés par un parent malveillant. Ils n’ont pas ou plus de repère ; chaque parole devient suspecte, chaque signe d’amour est dangereux. Ils courent derrière une protection qu’ils n’ont pas ou plus. Ils sont livrés à eux-mêmes dans un capharnaüm de sentiments où se confondent amour et haine, mensonge et vérité, manipulation et peur.

Chacun de leur silence, chacune de leur parole, chaque émotion, chaque éternuement sera enregistré, retenu, et retourné contre le parent bienveillant. Toute vérité est déformée. Tout fait, acte, geste est détourné, perd de son sens. Une autre vérité se met en place, à coups d’attestations mensongères, de rapports et d’expertises dressés sur la base de rendez-vous qui durent une heure, parfois deux quand il y a un miracle.

Les enfants ne sont pas entendus par la justice ; et quand ils le sont, ils deviennent à charge contre le parent bienveillant, à leur corps défendant. Manipulés par un parent violent, ou confiants en la justice et livrant leur histoire, ils n’ont pas conscience des conséquences.

Leurs appels à l’aide ne sont pas entendus comme tels. Les voilà soudain condamnés : à avoir demandé à rester là où ils sont respectés et aimés, ils voient ces demandes rejetées, incomprises. Faisant feu de tout bois, le parent manipulateur sait pleurer et se plaindre, sait inventer des pathologies et mentir sur la moralité ou les comportements de l’autre parent.

Quant aux mères victimes – car il est question essentiellement des mères, elles sont discréditées par un ancien conjoint malveillant, et ce discrédit est soutenu, encouragé, et même approuvé par une justice aveuglée – aveugle ? – qui fait reposer ses décisions sur des incompréhensions, sur un manque de compétences et de temps, sur un défaut d’investigation, sur des rapports abusifs et dénués de toute réalité.
Mieux que Pilate, la justice s’en lave les mains, et plusieurs fois.

Parce qu’il était devenu nécessaire de mettre en avant certaines violences psychiques et physiques afin de protéger les enfants victimes, des syndromes ont été nommés.
Ainsi du syndrome de Münchausen par procuration.
Bien réel, n’en déplaise à celles et ceux qui affirment le contraire, ce syndrome morbide et parfois mortel apparaît chez certaines mères dont l’objectif est d’être vue comme une « bonne » mère, soucieuse de la santé de son enfant. Soucieuse à le rendre malade, soucieuse à faire se multiplier les hospitalisations, examens, bilans de santé, soucieuse à tricher et falsifier des analyses et ordonnances. Battant des cils avec talent, elles alertent autant qu’elles le peuvent les services médicaux et personnels de santé jusqu’à obtenir ce qu’elles souhaitent : que l’enfant soit soigné d’un mal qu’il n’a pas.

Delphine Paquereau le raconte dans son livre Câlins assassins. De même de Julie Gregory, dans Ma mère, mon bourreau. Si ce syndrome demeure très rare, il n’en est pas moins réel dans ce qu’il signale : une dangerosité de la mère utilisant son enfant comme objet devant être soigné, puisqu’elle même nécessite des soins mais saura dissimuler sa névrose, voire sa psychose, en mettant en avant son enfant. D’où le sens de « par procuration ». La maladie est inventée, ne repose que sur un désir malsain de reconnaissance, et est attribuée à un autre afin d’en tirer profit.

Syndrome tellement grave qu’il ne faut pas le confondre ou l’attribuer à ces jeunes mamans inquiètes parce que leur enfant a de la température et qu’elles ne savent pas comment le soigner. Certaines sont fréquemment chez le pédiatre, par besoin de se rassurer et de s’assurer que leur enfant va bien. Elles ne sont en rien maltraitantes ; elles sont dépassées ou angoissées, parfois les deux. Mais ce qu’elles font ne risquent pas de nuire à la santé de leur enfant, santé physique. Et si leurs attitudes peut générer un stress chez l’enfant, il n’y a aucunement la volonté de se servir de celui-ci pour se mettre en avant et s’attirer de quelconques lauriers.

MAIS AUJOURD’HUI CE SYNDROME DE MUNCHAUSEN PAR PROCURATION EST UTILISÉ DE FAÇON ABUSIVE ET MALVEILLANTE.
On le voit apparaître dans nombre de procédures.
L’objectif ? Priver les mères de leurs enfants, les faire passer pour maltraitantes, mal aimantes, dangereuses, folles.  Déclarer que l’enfant est en danger, qu’il doit être éloigné de cette mère toxique et ancienne épouse abusive, qu’il faut le confier au père ou pire encore, le placer. Dans ces situations les pères violents nient le handicap et interdisent tout soin aux enfants. Pire, car combien de structures sont aujourd’hui en réelle capacité à accueillir ces enfants ? Le père maltraitan  n’a d’intérêt pour son enfant que si celui-ci lui permet sans le vouloir de continuer à détruire une mère.
Dans tous ces dossiers dramatiques, le parent accusé de syndrome de Münchausen par procuration est toujours la mère. On peut y trouver de nombreuses raisons. La première étant la volonté de lui nuire totalement. Une autre est de préserver son image de bon père, en n’ayant surtout pas à assumer la responsabilité d’avoir un enfant avec un handicap.

Et ce n’est pas dans n’importe quelles procédures que ce syndrome est utilisé. Puisqu’il s’agit de santé, il s’agit aussi et toujours de dossiers où l’enfant présente un handicap. Autisme, TDA/H, IMC… Des handicaps bien visibles, impliquant une prise en charge de l’enfant afin de permettre son développement, son insertion sociale, son inclusion scolaire, sa participation à une vie familiale.
Le handicap est soudain nié.
Et la mère accusée de rendre volontairement son enfant malade, handicapé, ou de vouloir le faire passer comme tel afin de nuire au père. C’est une inversion complète et particulièrement dangereuse de la réalité.
La manipulation est caractérisée. Celle d’un père voulant déposséder une mère, se vengeant d’une femme qui l’a quitté, détruisant celle qu’il avait transformée en objet, quel qu’en soit le prix. Or, pour un agresseur, un prédateur, un mari violent et maltraitant, l’enfant n’est rien de plus qu’un objet et une arme dont il se sert ou qu’il rejette.

Conséquences : les enfants nécessitant des soins et une attention particulière n’en bénéficient pas et sont même laissés à uniforme d’abandon juridique, social, médical, par défaut complet de prise en charge et de soins. Leur parole n’est jamais entendue. Ils sont traités pour la plupart de telle manière que l’on se croit être encore à l’époque d’Albert Londres, lorsqu’il écrivait Chez les fous.
Les mères sont privées et interdites d’agir. Les recours sont rejetés. Les expertises auxquelles elles doivent se soumettre les condamnent. Hystériques, névrosées, affabulatrices, possessives, fusionnelles, incestuelles, malades… tous les termes dénigrant se retrouvent dans nombre d’expertises, faisant les gorges chaudes de pères maltraitants, et rassurant une justice qui se retranche sans recul ni réflexion derrière ces-dites expertises, pour mieux condamner amère… et l’enfant.

Heureusement des voix s’élèvent pour dénoncer ces abus, liés souvent à une dérive de la psychanalyse, à des interprétations fausses et abusives, à des théories datant d’une autre époque, dépassées et dangereuses. Liés également à une incompréhension des stratégies manipulatrices, dangereuses et mortelles de pères abusifs, parfois abuseurs… refusant de lâcher leur proie et d’admettre leurs torts destructeurs.

Ces drames soulignent les manquements en moyen, en personnel, en formation. Une expertise reposant sur un entretien d’une heure peut-elle être fiable ? Les accusations portées contre des mères dépassées et désespérées qui pleurent ou crient lorsque leur enfant leur est retiré sont hallucinantes. Comment se comporter ? En restant silencieuses ? Il leur sera alors dit qu’elles font preuve d’un stoïcisme étonnant… Se soucient-elles vraiment de leur enfant pour rester aussi calme ? Aussi, comment se présenter devant la justice, comment parler à un professionnel qui semble avoir déjà tirer des conclusions ?

Pour ces mères qui cherchent à soutenir et aider leur enfant, pour ces enfants en danger, abandonnés par les service médicaux, sociaux, par la justice, il est temps de faire cesser cette utilisation abusive d’un syndrome. Il est temps de prendre le temps pour comprendre une situation, et surtout pour faire connaissance avec des humains en souffrance et en danger, avant de les juger.


Pour aller plus loin : Voir le documentaire Maternophobie de Sophie Robert

Anne-Laure Buffet

4 commentaires

  1. Bien d’accord avec ces constats;
    Mais comment faire pour avancer ? pas accusée de syndrome de Munschhausen, mais pas loin.
    Comment faire éclore la vérité : un père abusif, manipulateur, qui pleure grand dieu que je lui cause du tord alors que c’est lui qui veut me retirer ma fille, il l’utilise comme objet de destruction et de sa propre valorisation.
    Qui peut dénouer ce mélange de places, de rôles, de mensonges, de manipulations ?

  2. C’est tout à fait cela, mais que fait-on ?
    Un constat de la situation à destination des victimes et éventuellement de leurs proches ?
    Mais elles le savent.
    C’est au niveau de la « pseudo justice » que cela doit changer.
    Exemple, ça n interpelle personne qu un agresseur réponde qu’il ne s’explique pas la présence des coups sur la victime.
    Autre exemple, une puéricultrice des services sociaux qui reproche d avoir appelé le 119…..
    En fait, la justice est débordée et les dossiers qui arrivent en 1ère instance sont traités par des étudiants et classés sans suite.
    C’est tellement plus facile.
    Je pensais que l’intérêt de l enfant primait ……

  3. Je l’ai dénoncer, je suis allé voir psy, association et ont me dit que pour mon fils il est majeur, il part quand il veut ! Mais les enfants une fois fois la justice mise en place que deviennent ses enfants ? Grand parent ? Inconnu ? La peur de dénoncer, que faire ?

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