Quand Les chatouilles redonnent l’espoir.

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Le 14 novembre dernier est sorti au cinéma le film d’Andréa Bescond et Eric Métayer, Les chatouilles. Porté à l’écran après son succès au théâtre, le film est déjà largement récompensé tant par les professionnels que par le public.

Les chatouilles est un film qui se nourrit d’espoirs.
Bien sûr, ce n’est pas le sujet, le « pitch » du film. Le sujet, c’est la pédophilie, la violence sexuelle répétée, la souffrance, le silence et la mise en terre – psychique – d’une enfant, Odette, abusée par l’ami de la famille, contrainte à attendre, terrorisée, à comprendre et à devoir taire ce qu’elle comprend, et ce qu’elle souffre. Le taire à ses parents, aveugles et inconscients, incapables de voir la douleur de leur petite fille malgré les signaux qu’elle tente d’envoyer. Les quelque « non » qu’elle s’autorise sont ignorés, n’ont aucun poids, aucun écho. En complète insécurité, son refuge est dans la danse. Une « danse de la colère » (le titre exact du spectacle étant Les chatouilles ou la danse de la colère), une danse comme un cri pour vivre et pour mourir aussi, pour faire disparaître ce qui la tue. Mais la danse ne suffit pas. Si elle lui permet d’exprimer sa rage, elle ne répare pas et ne calme pas les plaies, les peurs, la solitude.
Odette est brisée.
Si elle s’autorise à chercher du secours, elle rejette ce qui est bienveillance, et ne conserve que le destructeur, au risque d’y perdre même la danse.
Jusqu’au jour où le silence explose. Confrontée à un nouveau rejet, un nouvel abandon maternel, elle ira porter plainte en espérant justice et réparation.

« Souvent les agresseurs , les auteurs de violence utilisent  un mot plutôt sympa, plutôt gentil pour définir l’indicible » (Andréa Bescond)

Les chatouilles, c’est l’histoire d’Andréa Bescond. L’histoire d’une résilience, d’une volonté de vivre et de vaincre, d’une obligation au déni et à l’oubli, d’un désir de vivre et de dénoncer. C’est une histoire nourrie d’espoirs. Celui de voir cesser la violence. Celui d’être protégée. Celui de résister. Celui de fuir et d’ignorer. Celui d’être aimée et d’aimer – mais comment aimer, comment croire et faire confiance, lorsque le danger est permanent, lorsque la peur de perdre ou d’être abandonnée dominent ?
L’espoir d’être entendue, et celui que l’enfant blessée soit consolée.
L’espoir de pouvoir vivre normalement, l’espoir d’en trouver le moyen.
L’espoir aussi d’une justice, d’une reconnaissance et de voir condamner l’agresseur.

C’est l’espoir pour toutes les victimes que leurs souffrances soient comprises – et c’est un cadeau transmis – comme un bâton de relai – « Ne restez pas à vous détruire. Vous n’êtes pas coupable ; ce n’est pas de votre faute. Vous êtes la victime et l’agresseur peut être poursuivi et condamné. »

Pudiquement, le film dénonce le viol, décrit l’état de sidération, l’amnésie traumatique, le plongeon inévitable dans l’évitement, dans les prises de risque et les mises en danger, dans l’obligation à continuer de voir l’agresseur ; dans la nécessité d’une réparation et d’une écoute indispensable, d’un suivi psychologique souvent long et douloureux pour la victime.
Encore une fois, c’est un film d’espoirs puisque la réparation est possible lorsque la parole revient et est crue.

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Un immense coup de chapeau à Cyrille Mairesse qui joue le rôle de Odette, enfant.
Mais également à Andréa Bescond pour cette humanité faite de toutes les émotions autorisées et interdites, à Karin Viard en mère aveugle et méprisante, à Clovis Cornillac, en père incapable de protéger et désespéré de ne pouvoir le faire, à Pierre Deladonchamps qu’on déteste et qui dégoute : « C’était important de l’interpréter pour dénoncer tout ça » (Pierre Deladonchamps),
à Carole Franck en psy un peu dépassée, souvent troublée, mais qui accompagne, soutient, écoute, comprend, et permet la libération, à Gregory Montel qui, en amoureux confronté à une violence qu’il ignore, demeure, considère, valide, autorise Odette à être qui elle est sans juger.
Un film à voir.

Espérons, avec Odette, avec Andréa Bescond et Eric Métayer, avec toutes les victimes de pedocriminalité, que le message du film soit vu, entendu et compris, que leur appel paru le 2 novembre dans le magazine Elle soit compris, et que les actions réelles tant au niveau de la justice qu’au niveau médical se développent pour que les enfants n’aient plus à subir de telles violences, pour que les victimes puissent obtenir justice.

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INTERVIEW DE ANDREA BESCOND PAR PUBLIC SENAT

EXTRAIT DE LES CHATOUILLES, AU THÉÂTRE. 

INTERVIEW DE ANDREA BESCOND ET ERIC METAYER

 

Le bonheur – Berry – Bande originale du film Les chatouilles

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