La psychanalyse à l’épreuve de la réalité

Nous vivons dans une société aveugle.
Aveugle pour ne pas être dérangée par des drames quotidiens, des drames tant sociaux que familiaux – toujours des drames humains. Ces drames, ce sont des parents et des enfants qui les vivent. Parents, car accusés d’office, et sans possibilité de se défendre. Enfants, car instrumentalisés, mis à l’écart de leur famille par des placements d’office, non pris en charge, laissés pour compte. Parce que les structures font défaut, les formations des professionnels sont insuffisantes ou dysfonctionnelles, voir violentes, les subventions et soutiens financiers quasi inexistants. La précarité des soins, la précarité économique, l’isolement social, familial… aggravent ces violences.
Et lorsque l’on dit « parent », il s’agit essentiellement des mères. Montrées du doigt qui se dit sachant, qui est en fait criminel, celui de la psychanalyse (ou pour le moins d’une bonne part de ses défenseurs et praticiens), elles se retrouvent non seulement accusées de ce que vivent leurs enfants, tenues pour responsables, non soutenues, non entendues, non accompagnées.
De quels enfants est-il ici question ? Des enfants autistes. Et des enfants victimes d’inceste. Mais on peut élargir aux enfants qui, de manière générale, se retrouvant au coeur d’un conflit conjugal où le père aura pour objectif de manipuler puis de détruire la mère, vont devenir le jouet tant de leur géniteur que du système. Quant aux mères, quel sort leur est-il réservé ? Elles se voient condamnées, prétendues malades, asservissantes et destructrices pour l’enfant. ce qu’elles vont mettre en oeuvre pour l’aider sera rejeté et leurs démarches seront utilisées contre elles. Ce qu’elles vont dénoncer ne sera pas cru, et elles seront alors accusées de SAP (1), de SMPP (2), de syndrome de Médée, que sais-je encore, tant que l’accusation réussit à les éloigner de leurs enfants. Les éloigner physiquement, et affectivement. Les enfants vont être placés en foyer ou famille d’accueil, ou encore leur père se verra attribué la résidence principale, et aura alors tout loisir de manipuler et objectiser ses enfants qui peu à peu, pris dans un conflit de loyauté extrême, se rallieront à la cause du père contre la mère. Syndrome de Stockholm ou identification à l’agresseur, les mères seront victimes de désenchantement. Et le combat contre cette privation totale de place dans la vie de leurs enfants est aussi long que douloureux, aussi cher que, bien trop souvent, profondément destructeur.
C’est ce que Sophie Robert dénonce dans son documentaire Maternophobie, projeté hier mercredi 31 octobre en avant-première à l’Assemblée Nationale.

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L’incohérence des expertises medico-psychiatriques y est soulignée. La volonté de croire que les mères rendent ou souhaitent rendre leurs enfants malades, souhaitent les voir reconnus différents, autistes, handicapés, est le coeur du documentaire. A retenir entre autres, les propos de Sophie Janois, avocate en Droit de la Santé, qui défend ces mères privées de leurs enfants et accusées par le système d’être maltraitantes. . On retiendra entre autres l’affaire Rachel, que maître Janois évoque dans le documentaire, et qui est l’exemple parfait de cette volonté de détruire la mère par tous le moyens possibles.
A écouter également, les propos de Christophe Lançon, médecin psychiatre et chef de service à La conception (Marseille) qui décrit avec objectivité, irrespect et une pointe d’humour les dérives plus que dangereuses des pratiques et dogmes psychanalytiques.

Mais d’où vient cette volonté de nuire, voir de « tuer » la mère ?
Si l’on ne peut critiquer tous les psychanalystes, il n’en demeure pas moins qu’un – malheureusement trop grand – nombre de psychanalystes, nourris au biberon d’un certain Lacan et d’un autre certain Bettelheim , nourriture qu’ils ont ingéré sans la digérer, produisent un discours ressemblant surtout à un rot aigre et nauséabond selon lequel la mère serait la cause de tout, de la maltraitance à l’autisme. Sans l’intervention du père, l’enfant est condamné. Seul le père a la possibilité de construire l’enfant.
Quant à la mère, le soin et la caresse apportés au bébé sont de fait et obligatoirement incestuels, mais heureusement le père est là, et empêchera que l’inceste n’ait lieu. Youpi. Merci papa.

Sophie Robert, dans un documentaire plus ancien, Le mur, dénonçait ce courant psychanalytique dramatiquement dangereux, dont les effluves emplissent encore aujourd’hui les dossiers judiciaires, les pensées et les actes des professionnels des soins et de la justice. Encore aujourd’hui ? … Non. De plus en plus aujourd’hui. Comme si, en écho à la loi de 2010 contre les violences conjugales, il fallait une levée de boucliers, psychanalystes pas encore empaillés en tête, pour empêcher, limiter et même interdire la parole des femmes lorsque celles-ci prétendent à défendre leurs enfants. Comme si les recherches et les avancées des neurosciences sur le spectre autistique devait être freiné par la même levée de boucliers. A se demander ce qu’ils ont tant à perdre pour monter sur leurs ergots avec une virulence dissimulée dans des drapés de poussière. le_mur

Il n’est alors pas difficile de comprendre pourquoi Le mur a été longtemps censuré.
Malgré des dénonciations médiatisées, malgré une remise en cause de ces pratiques et paroles psychanalytiques si dangereuses, Sophie Robert a du mener un véritable combat judiciaire pour que son documentaire sorte enfin de la censure.

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A qui profite le crime ?
Aux pères agresseurs. Maltraitants. Violents. Une accusation de SAP et en voilà une palanquée qui suit. Un enfant retiré à la mère est désormais un lieu – presque et tristement – commun.
A certains professionnels qui utilisent leur soi-disant savoir, leur pouvoir social, pour maintenir un système déstructurant et dysfonctionnel.

Il est indispensable qu’aujourd’hui les choses changent.
Par de la formation.
De l’information.
De la mise en cohérence entre les progrès scientifiques et les nécessités de terrain.
Par une meilleure connaissance des différentes problématiques en cause, de l’autisme à la maltraitance physique et sexuelle intrafamiliale.
Par une véritable augmentation des budgets, des lieux de prise en charge et d’accompagnements.
Par l’inclusion , c’est-à-dire l’intégration des enfants autistes en milieu scolaire.

Merci à Sophie Robert pour son travail.
Merci à Sophie Janois pour sa prise de parole et son engagement.
Merci à Illel Kieser (CAVACS) pour son regard et son intervention auprès des victimes.
Merci à Christophe Lançon pour son ouverture et sa compréhension des soins et du sens réel de la psychiatrie et de la psychanalyse dans leur approche auprès des patients et des victimes.

Voir Maternophobie : https://www.dailymotion.com/video/x6fzn2t?fbclid=IwAR0CBJCIPN5robaVU4ScsS9RCzRlxcbFk3Q1IhPt78EKwZD22UbUX7B90zw

Voir Le murhttps://www.dailymotion.com/video/x16d4fv?fbclid=IwAR3xGwm2ZIgr7lqN-DFu0Cmq3iGRZtujLINptdKWEoGzF2dsY06T5YkvqNk

(1) SAP ou syndrome d’aliénation parentale. Fréquemment, les mères se retrouvent accusées de SAP, c’est-à-dire d’agir sur leurs enfants en les instrumentalisant afin de les tenir éloigner du père, et obtenir des décisions de justice en conséquence. Cette accusation utilisée en défense (par les pères, donc), dans des situations où les mères dénonçaient des incestes ou des maltraitances, est aujourd’hui commun dans grands nombre de procédures, permettant ainsi aux pères de discréditer la mère, ou pour le moins de chercher à le faire. Une note ministérielle de cet été indique le « caractère controversé et non reconnu » de ce syndrome. Mais la séparation des pouvoirs empêche son interdiction devant le tribunaux…

(2) SMPP ou syndrome de Münchausen par procuration est une maladie psychopathologique qui consiste à simuler des troubles et des maladies à une personne, voire à lui administrer des substances pour créer des symptômes physiques tels que des malaises, des chutes de tension ou des vomissements. On relève chez les patients qui en sont atteints des troubles de la personnalité et une grande faculté de déni.
S’il ce syndrome est identifié, il demeure rare. De plus il tend à faire naître et se développer chez l’enfant un trouble ou une pathologie d’ordre physique, pouvant être mortel. Or, et ainsi que le documentaire Maternophobie le met en avant, il est aujourd’hui utilisé contre le mères cherchant à faire reconnaître l’autisme de leurs enfants. Elles sont ainsi accusées de vouloir leur enfant malade psychiquement et de se servir d’un terme qui serait « à la mode », l’autisme, pour faire diagnostiquer un trouble, être reconnue comme « sachante et aidante. Aussi, alors que ces mères se battent pour obtenir des diagnostics et des prises en charge, elles se retrouvent jugées, et le sentants placés pour les éloigner d’une mère si mortifère…

N.B. : il n’est pas question de dénoncer tous les psychanalystes. Il est question d’informer et d’être prudent. De nombreux analysants et anciens analysants ont pu se construire et/ou se reconstruire grâce à la psychanalyse. Mais lorsque le propos a pour but de juger d’office, et lorsqu’il sert encore et bien trop à nourrir des formations, des esprits, et des modes d’action et de pensée, il y a bien plus que danger, il y a un scandale contre lequel il faut lutter.

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