C’était hier, c’est aujourd’hui, et ce doit être demain

Hier, samedi 6 octobre, Palais de Justice de Paris.

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Selon le JDD, et suite à l’appel lancé par Muriel Robin cette semaine, plus d’un millier de personnes, hommes et femmes, se sont réunis afin de dénoncer les violences conjugales et précisément, les violences faites aux femmes. Afin de réclamer des mesures et des moyens pour ce combat. Des moyens à donner à l’éducation, à la justice, à la médecine, aux professionnels, aux accompagnants, aux écoutants. Et aux victimes.
Appel, suivi d’une pétition en ligne « Sauvons celles qui sont encore vivantes », qui à l’heure à laquelle j’écris cet article, regroupe plus de 489 135 signatures – et je n’ai pas le temps d’écrire le nombre qu’il ne cesse de grimper
Dans de nombreuses villes de provinces, des rassemblements ont également eu lieu.

Il s’agit de dénoncer – encore et toujours – les violences. Psychologiques, physiques, sexuelles, économiques, administratives, familiales, conjugales, que subissent, ont subi, et subiront encore de bien trop nombreuses femmes. Il s’agit de rappeler que chaque année, elles sont bien trop nombreuses à mourir sous les coups de leurs maris, ou de leurs compagnons. Parfois, ne l’oublions pas, de leurs ex. N’oublions pas non plus que la loi de 2010 contre les violences conjugales prend en compte ces meurtres commis par les anciens conjoints comme de réelles violences conjugales – la violence ne cesse pas avec la séparation.
N’oublions pas encore tous les enfants victimes directes ou victimes témoins de ces violences. N’oublions pas les parents, les frères et soeurs, les proches de ces victimes qui eux aussi ne savent vers qui se tourner ni comment se faire entendre et aider.

Mon propos n’est pas de revenir sur l’affaire Jacqueline Sauvage. Je regrette même qu’il y ait besoin de cet emblème (malgré elle) pour parler de violence. Avoir besoin d’un emblème, c’est montrer à quel point les intérêts uniques, personnels, et les intérêts et consciences sociaux sont bien loin, et bien peu inquiets de la réalité. Quelques grandes campagnes médiatiques font penser que l’esprit politique – entendu au sens de la cité – s’éveille. Mais à quelles conditions ? A condition de montrer des femmes mourantes ou assassinées, à condition de montrer des bleus et du sang, à condition d’exposer une violence physique brutale et meurtrière. Comme ces conducteurs sur l’autoroute qui freinent quand il y a un accident, comme des voyeurs devant la misère et le malheur, ils ralentissent, regardent, auront ainsi quelque chose à raconter, mais oublient dès qu’ils redémarrent. C’est déjà derrière eux. Nous ne devrions jamais continuer notre chemin, mais toujours nous interroger. Que pouvons nous faire ? Et que pouvons nous faire, même sans moyen ? Informer, alerter, dénoncer. Tous les jours.

Hier, samedi 6 octobre 2018, ne doit pas être derrière nous. Il doit être et rester bien présent dans toutes les mémoires, toutes les volontés et tous les actes, aujourd’hui, et demain. Il doit inciter à toujours dénoncer, toujours informer. Lorsqu’on lit encore aujourd’hui toutes les controverses, tous les non sens autour de la violence psychologique, autour de l’emprise psychologique, on ne peut que s’effrayer du travail à faire ; on ne peut que se mobiliser pour réaliser et, j’espère, réussir, ce travail. Non, ce ne sont pas des personnes faibles, stupides, incapables qui sont sous emprise. Le penser, c’est participer à cette violence. C’est dénigrer la personne victime. C’est lui retirer le droit de penser, de souffrir, d’aimer également.

Le samedi 6 octobre n’est pas un début. Il est un écho à une vague grandissante d’appels au secours, de demandes d’aides, de signalements, de dénonciations, qui tombent bien trop souvent dans l’oubli. Il est un nouveau doigt qui pointe les manquements, les incompréhensions et les errances judiciaires et médicales. Il est aussi un poing qui se dresse pour signifier que ÇA NE DOIT PAS PERDURER, et que, seuls ceux qui en ont les moyens, les politiques, les législateurs, et toutes les personnes qui font encore preuve d’humanité, peuvent agir, chacun à son niveau, chacun à sa manière. Il met en lumière, il donne des visages et des voix, à toutes celles qui se retrouvent blessées, privées de vie, privées de leurs enfants, privées de leurs droits, puisque la violence conjugale, si invisible et si volontairement ignorée pendant tellement longtemps, les a mises à terre.

Eduquer l’enfant. Former le professionnel. Ecouter les victimes. Accompagner les souffrances et tenter de les apaiser. Condamner la violence. Condamner les meurtriers. Condamner, et nommer, les coupables. C’est ce combat qui doit être mené. C’est ce combat qui a été rappelé hier, qui nous réveille aujourd’hui et doit nous tenir debout demain.

Il est à noter que des hommes sont aussi victimes.
Augmenter le moyens, augmenter les forces pour agir et lutter contre les violences, c’est aussi les en faire bénéficier. Ce n’est pas accroître un clivage dangereux femmes versus hommes et inversement, c’est considéré l’humain assouvi, maltraité, humilié, meurtri, et lui donner l’espoir et la possibilité de s’en sortir.

Ne laissons pas l’individualisme autoritaire conduire notre société. Ne laissons pas s’installer et croître un sentiment d’insécurité au sens même de nos maisons. Refusons de continuer à dire « si j’avais su… mais je n’ai rien vu, ou ne pensais pas que c’était si grave… ». Agissons entre humains, en humains. Puisque c’est une guerre que nous devons mener contre la violence, soyons résistants.

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Je finis cet article. La pétition en est à 489 480 signatures. Pour, comme hier, continuer, aujourd’hui et demain.
En le terminant, je pense à l’emprise, ce filet qui enserre une victime, l’étouffe, lui interdit de comprendre et de mettre un terme à la violence qu’elle vit. Il est souvent dit que la victime « aime » son bourreau. Hier encore, lors d’une interview de maître Tomasini, celle-ci répétait que Jacqueline Sauvage aimait son mari Norbert Marot. Et sur ce point elle n’avait pas tort, mais il faut cependant préciser : la victime n’aime pas son bourreau. AUCUNE VICTIME N’AIME SON BOURREAU, ET ENCORE MOINS, N’AIME SOUFFRIR. En revanche, elles aiment, elles ont aimé ces moments de tendresse, de calme, de séduction qu’elles ont connu. Les ayant connus, elles les pensent réels. Elles s’imaginent que l’auteur de la violence pourrait être ainsi, et durablement. Et elles restent, croyant d’abord pouvoir l’amener à retrouver ces comportements « aimants », croyant ensuite être coupables de ne pas y arriver, croyant enfin être la cause de la violence subie, et toujours convaincue de sa sincérité, le mal et la violence n’étant pas concevable chez celui ou celle qui semble pouvoir se montrer bon, ne serait-ce qu’un instant.
Nous, humains, avons besoin de penser que « l’autre » l’est aussi. Parfois nous nous trompons. Parfois, certaines en meurent.

3 commentaires

  1. Il faut que le milieu de la justice soit davantage formé pour être plus a l’écoute. Actuellement c’est une honte. Merci Murielle et bon courage le travail est immense mais c’est un début.  Envoyé depuis mon smartphone Samsung Galaxy.

  2. Je sais de quoi vous parlez. Il y a maintenant 16 ans, mon mari après m’avoir fait venir avec mon fils à Singapour, a tenté de me « suicider ». Mes différentes démarches tant à Singapour qu’en France n’ont pas donné grand chose et je suis toujours à essayer de me reconstruire. J’ai maintenant 61 ans mais je me souviens encore de tout comme si c’était hier.
    Bon courage à ceux et celles qui vivent au quotidien avec ces fous ces psychopathes et je reste mesurée dans mes paroles.

  3. Il est indispensable de créer des structures spéciales pour aider les femmes en grandes détresses il faut
    des moyens financiers ainsi que des personnes formées sachants combattre les manipulateurs pervers et proposer des solutions immédiatement applicables car il y a toujours une très grande urgence !!

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