Les mères qui blessent – entretien avec Joëlle Verain

Mardi 4 septembre, j’étais l’invitée de Joëlle Verain dans son émission Au-delà du miroir pour parler du livre Les mères qui blessent, paru chez Eyrolles au mois de juin dernier. 
Cet échange a permis de revenir sur un certain nombre de comportements identifiés comme dysfonctionnels, maltraitants, comportements de mères avec leurs enfants, fille ou garçon. Possessive, fusionnelle parfois, immature, narcissique, négligente ou tyrannique, toxiques, ces mères incapables d’aimer, en désamour, ou en souffrance peuvent aller jusqu’à commettre l’irréparable, donner la mort ou mettre gravement en danger la vie de leur enfant (par exemple lorsqu’elles sont atteintes du syndrome de Münchausen par procuration).

Quant aux enfants, comment vivent-ils, comment se construisent-ils face à ces mères ? Comment vit-on quand on ne se sent pas aimé, pas valorisé, pas regardé ? Cette souffrance est-elle « réparable », ou devient-elle une condamnation pour l’enfant ? Faut-il pardonner à sa mère, faut-il chercher à la comprendre, faut-il couper le lien ou le prolonger ? C’est à ces questions également que nous avons essayé de répondre durant cet entretien, ainsi que présenté dans le livre, qui en soulève d’autres.

unnamed-1

Au-delà de ces questions, nous avons aussi parlé de « l’origine de la violence ». S’il n’est pas question d’excuser, il est en revanche possible d’expliquer ce qui a pu conduire certaines femmes, devenues mères, à être mal aimantes, maltraitantes – ou encore à être jugées comme telles par leurs proches, parfois par la justice (et ce parfois est bien plus fréquent qu’on ne le dit et ne le croit).
Les causes sont nombreuses : historiques, sociales, familiales, culturelles : de très nombreuses femmes sont devenues mères par devoir ou obligation, sans le désirer, sans aide, sans soutien, ou confrontées à des situations de violences les éloignant de leur rôle maternel, leur interdisant parfois ce rôle et cette place dans la vie de leur enfant. Si elles sont montrées du doigt comme étant de « mauvaises mères », cette accusation ne fait en réalité que protéger la première des causes, la violence sociale, familiale ou conjugale. Ainsi, le coupable reste dans l’ombre, ignoré, et la victime devient, aux yeux de ceux qui se disent observateur, sans savoir, le bourreau.
Si cela ne soigne ni ne console l’enfant, il est en revanche indispensable d’en prendre conscience et d’agir pour que cette prise de conscience se généralise. Car si l’on peut observer, de façon empirique,  des comportements maltraitants, si l’on peut tout autant observer toutes les conséquences néfastes pour les enfants maltraités par leur mère, il est également aussi urgent qu’indispensable de lutter contre les phénomènes quasi endémiques qui peuvent conduire à de telles souffrances.

Il ne s’agit donc pas dans ce livre de condamner les mères, d’en faire des monstres, laissant une place de choix au père, à la famille et à la société : celle d’être bienveillant là où la mère serait maltraitante. Il s’agit de rappeler qu’être mère n’est ni évident ni naturel. Et que si, dans ce qu’elle vit intimement, elle peut faillir et même détruire, si comme tout un chacun elle a ou devrait avoir la possibilité de travailler, de réfléchir, de casser certains codes pour en établir d’autres plus humains, elle est également le fruit, le résultat, et la répétition de son histoire, de son vécu, de son éducation, et de ce que nous recevons comme héritage personnel et social.

Etre mère est sans doute ce qu’il y a de plus beau et de plus difficile au monde. Adulée ou critiquée, ignorée ou déifiée, elle n’est rarement considérée « que » pour ce qu’elle est réellement, une femme qui a mis au monde des enfants, car la biologie est ainsi faite que ce sera toujours la femme qui mettra les enfants au monde ; enfants qu’elle a le devoir d’aimer car elle les a portés. Quant à l’enfant, il a le devoir d’aimer sa mère et de lui être reconnaissant, puisqu’elle l’a enfanté. Et parce que ces croyances sont bien trop véhiculées, cette femme est déjà jugée avant même d’avoir pris son nouveau-né dans les bras, cet enfant l’est tout autant puisqu’il n’existe que parce qu’il a une mère.

L’histoire même des femmes réside là, dans ce paradoxe : avoir le pouvoir, conscient ou non, de donner la vie et de la retirer aussitôt, et, parfois, sans s’en rendre compte.

Capture d_écran 2018-09-08 à 16.24.09

 

Au-delà du miroir, idFM Radio Enghien, mardi 4 septembre 2018

 

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s