Chassez le maternel, il revient au galop…

Il y a quelques jours paraissait en librairie mon dernier livre  : Les mères qui blessent, ed. Eyrolles. Et ce week-end, je recevais un groupe afin de parler du livre, d’échanger sur ce sujet, et celui de la maltraitance maternelle.

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Car, n’en déplaise aux contradicteurs, la violence maternelle est un fait bien réel et plus que douloureux. Pour les enfants qui la subissent ou l’ont subie ; pour les jeunes filles, jeunes femmes, qui, à l’âge de la potentielle maternité, s’interrogent sur la mère qu’elles seront ou sont déjà, qui prennent conscience d’un vécu, qui redoutent de reproduire ; pour le jeunes garçons, pour les jeunes hommes qui cherchent à retrouver dans une vie de couple un modèle maternel, ou à le fuir complètement ; et pour le mères elles-mêmes qui parfois constatent que leurs agissements sont dysfonctionnels, déstabilisants pour l’enfant, mais qui ne savent faire autrement.

Il ne s’agit dans ce livre ni de dédouaner, ni de déresponsabiliser, ni d’excuser qui que ce soit. L’enfant, interdit d’aimer sereinement, interdit d’être aimé pour qui il est, souvent utilisé, parfois rejeté, maltraité, que ce soit par la parole ou par le geste, peut en en prenant conscience modifier ses schémas, ses paradigmes, apprendre à agir et interagir autrement, accepter de centrer sa réflexion sur lui sans être étouffé par le sentiment permanent de désobéir ou de mal faire. C’est un parcours difficile, qui prend du temps, qui implique de faire un choix, celui de la responsabilité des actes que nous posons. Ainsi écrit, cela semble manquer de compassion. Mais l’enfant – adulte, aussi fragilisé soit-il, doit devrait pouvoir accéder à son autonomie de pensée en prenant conscience d’un vécu souvent insupportable. En accédant à cette autonomie, il peut alors construire ses référents, il peut décider d’objectifs ou de choix de vie qui lui appartiennent, lui correspondent, il peut s’inscrire dans une orientation de vie qui lui correspond.

Quant à la mère, constater ne veut pas dire excuser. Expliquer ne signifie pas légitimer. Nous sommes habitués, malgré nous,  et maintenant depuis quelques décennies, à avoir le sentiment de nous justifier ou de devoir justifier des actes ou des paroles, ce qui non seulement nuit à la liberté de faire et de penser, c’est-à-dire à la liberté d’être, mais nuit également à la capacité de s’individualiser, de s’autonomiser. Dire, poser des mots, des situations, n’équivaut en rien à jeter systématiquement la pierre sur untel ou unetelle, mais à exprimer un ressenti, et à transformer ce ressenti en actes, actes générateurs de pensées valorisantes, pour soi.

La mère, donc, peut être en incapacité d’être aimante, bienveillante, et ce pendant un temps donné. Elle peut aussi l’être durant toute la vie de son enfant, durant toute sa vie de mère. Elle peut se retrouver à devoir remettre en cause ses propres actes, et même à présenter des excuses à son enfant. Elle peut aussi en être pleinement incapable. Elle peut apprendre à laisser son enfant devenir autonome, et même l’accompagner ; elle peut aussi refuser cette autonomie, et, quelles qu’en soient les raisons, elle interdit de fait à son enfant d’être une personne à part entière – en l’ajoutant de son autonomie, elle le maintient en laisse…

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Pour reprendre certains mots d’une critique du livre, publiée la semaine dernière : « Sa lecture est bien évidemment davantage recommandée à qui se culpabilise ou se ressent encore peu ou prou victime. Soit aux mères se reprochant d’avoir été négligentes, ou quelque peu toxiques, « maltraitantes » à des degrés divers, et à leur descendance. Donc aux personnes « en souffrance ». Recommandée aussi aux consœurs et confrères qui connaissent ou non Anne-Laure Buffet et l’association qu’elle a fondée, Contre la violence psychologique. Laquelle accompagne les personnes fragilisées mais collabore aussi avec les professionnels et organise à leur intention des séminaires et conférences. » (Jef Tombeur, Come4News)

Au-delà de la lecture, des questions se posent : comment prendre conscience ? Comment faire prendre conscience ? Comment présenter ses excuses, comment dire l’empêchement ? Faut-il rompre, faut-il pardonner ? … Chaque histoire étant propre à celui ou celle qui la vit, j’espère qu’au fil du livre les réponses proposées permettront au lecteur, ou à la lectrice, de poser les pierres nécessaires à un nouveau chemin. Sans oublier qu’il est UN ou UNE, pleinement. Qu’il n’existe ni recette magique ni poudre de perlimpinpin, et que ce qui est valable pour sa soeur, son frère, sa cousine, une amie, un proche, ne l’est pas toujours pour lui. Pour OSER penser à soi, sans se conformer à la pensée ou l’action d’un autre.

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Enfin, à cette question : « En tant qu’enfant d’une mère maltraitante, est-on un jour libre ? », j’ai répondu ainsi : « Chassez le maternel, il revient au galop… ». Car, inévitablement, et indéniablement, nous tous agissons toujours en ayant notre mère en référent. Que ce soit  pour elle, ou contre elle, que ce soit conscient ou inconscient, que ce soit par désir ou par devoir, nous ne pourrons éviter le moment où, nous observant agir de telle ou telle manière, parler sur tel ou tel ton, penser telle ou telle idée, que ce soit en croisant notre regard dans la glace, ou celui d’un proche qui ne manquera pas de nous comparer à notre mère, nous aurons toujours cet instant, agréable, rassurant ou pesant, où l’image de notre mère refera surface. Ce n’est pas en être victime. Ce n’est pas en être éternellement dépendant, et demeurer – presque condamné – à n’être qu’un enfant.
C’est avoir une mère ; et être adulte, c’est accepter que sa mère soit ainsi qu’elle est, et que nous sommes ainsi que nous sommes, sans jamais renoncer à qui nous sommes réellement.

PRESENTATION DU LIVRE LES MERES QUI BLESSENT
jeudi 21 juin
Librairie Les libres champs, Paris
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©Anne-Laure Buffet

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