LES MERES QUI BLESSENT, ed. EYROLLES, A PARAÎTRE LE 21 JUIN 2018

Pourquoi ce livre ? 
La question de la « mère », de son rôle dans l’éducation et la construction de l’enfant, se pose régulièrement, et revient souvent lors des consultations; Pourtant, parler de maltraitance maternelle est encore et toujours tabou. On attribue volontiers des qualités d’exemplarité à chaque mère – chaque maman, laissant supposer que toutes sont aimantes, protectrices, rassurantes, et capables de donner à leurs enfants un environnement sain et suffisant pour pouvoir devenir un adulte construit.

Or, bien des enfants ont souffert et souffrent encore des attitudes possessives, fusionnelles, exigeantes, contraignantes, maltraitantes, abusives… de leur mère. Bien des comportements « maternels » sont à terme sources d’injonctions, de pensées limitantes, de peurs, de blocages, de handicaps. Bien des situations où la violence, le traumatisme, se répètent, sont issues de ce désamour incompris et douloureux.

Il n’est pas question de blâmer, mais de constater. Ce livre n’est ni un procès, ni un jugement, ni une condamnation, mais un état des lieux sur des comportements, des attitudes et des liens qui, à terme, empêchent l’enfant de construire et développer sa personnalité et son identité. Qui vont le contraindre, lui nuire, et être source, parfois, de grandes souffrances, durablement inscrites.

Pourquoi ce titre ? 
Aujourd’hui, il est devenu commun de qualifier untel ou unetelle de « toxique » ou de « mauvais », de « dangereux »… bref, de pointer du doigt des individus. La question du titre s’est bien sûr posée… « Les mauvaises mères », « Les mères toxiques », « Les mères qui font du mal »… Tout cela désigne des comportements aujourd’hui assez schématisés, et parfois galvaudés. Et sous-entend qu’il y a conscience, ou volonté, chez la mère, de nuire. Or, une mère peut blesser son enfant, profondément, de manière répétée, sans en être consciente, mais parce qu’elle va reproduire ce qu’elle-même a connu et a vécu, et parce qu’elle ne sait pas ou ne peut pas faire autrement.
La blessure peut-être superficielle, ou profonde. Elle laisse toujours une cicatrice, qui peut se réveiller n’importe quand. Ou que l’on regarde avec nostalgie, méfiance, regret, tristesse.

La volonté de faire mal, de faire du mal, existe parfois, pas toujours.
Je crois nécessaire de prendre conscience que chaque mère peut ou a pu causer des blessures ; je crois nécessaire de leur donner la possibilité d’y penser… et d’ouvrir ou de réouvrir un dialogue avec leur enfant.

Et les enfants ?
Exposer des comportements dangereux, violents, destructeurs, sans s’adresser à ceux qui subissent, sans proposer de réflexion, et également une possible reconstruction, reviendrait à ne pas tenir compte de cette souffrance qu’ils sont pourtant nombreux à exprimer, souvent en secret, et très souvent honteux de le faire, avec le désir de s’en libérer.
Aussi, la troisième partie de ce livre, « De l’enfant ignoré à l’adulte vivant », leur est consacrée. Comment l’enfant vit – subit – ce lien maternel dysfonctionnel, quel adulte peut-il devenir ? Mais également, quels possibilités et chemins peut-il trouver afin de se sortir de cette emprise, de ce lien qu’il est difficile, souvent impossible, de qualifier d’amour maternel ?
S’il n’existe ni formule magique ni remède miracle, des pistes de réflexion, des réflexions personnelles sont proposées, afin de permettre à chacun de devenir un peu plus « soi ».

C’est un livre  très critique sur les mères ?
Non. L’objectif du livre est de souligner des comportements qui peuvent atteindre profondément un enfant. Il n’a pas pour vocation de pointer du doigt les mères, mais de rappeler que tout parent peut, volontairement ou non, faire souffrir son enfant. Père, ou mère.
De plus, en tant que mère, nous devrions toutes être en capacité à nous remettre en cause, sur ce que nous faisons, sur ce que nous avons fait. Il ne s’agit pas d’être dans une remise en cause permanente, qui reflèterait alors un manque total de confiance en soi. Mais il s’agit de rester ouverte, à l’écoute, observatrice de ses enfants, vigilante face à nos propres croyances, nos propres ancrages, qui ne sont pas ou plus adaptés.
C’est aussi une ouverture à la réflexion. Car nous sommes ou plus exactement nous devrions être en capacité d’évoluer, de modifier, de corriger ce qui a pu causer du tort ou de la souffrance ; nous nous devons aussi de tenter de comprendre ce qui a pu faire souffrir, causer un trouble ou un désordre, afin de se réparer, de s’en séparer, ou/et de ne pas reproduire.

J’ai également tenu à consacrer toute une partie aux causes pouvant expliquer – pas excuser – la maltraitance, l’abus, la violence. Car être mère n’est pas une évidence biologique. Nous pouvons naître femme, nous n’avons pas forcément l’envie, la possibilité, le désir d’être mère. Certaines se retrouvent mère par devoir, par obligation, par soumission, à la suite d’un abus, d’une violence, d’un interdit… Certaines également se retrouvent soudain privées du droit d’aimer, d’éduquer, d’être présente auprès de leurs enfants ; et elles seront alors montrées du doigt, et sans recherche de compréhension ou d’écoute, comme étant, forcément, de mauvaises mères.
Et certaines sont mauvaises mères. Non parce qu’elles sont mères ; mais parce que ce qui fait l’humain, l’être et l’âme, semblent leur avoir échappé…

Pouvoir donner la parole à ces femmes était essentiel.

A propos de paroles, les enfants victimes ont-ils la parole dans ce livre ? 
Les enfants devenus adultes, toujours dans la peine ou la recherche d’amour, dans la quête d’une parole ou d’une compréhension, dans la réparation qu’ils s’offrent, s’expriment au travers de plusieurs témoignages.
Certaines mères également ont témoigné. Comme Odile qui, avec beaucoup de courage, raconte la mère qu’elle a été, et la mère qu’elle est devenue, lorsqu’elle s’est donnée le droit de parler, et de demander pardon.

Je crois aussi que ce livre est plein d’espoirs, car il rend la parole à celles et ceux qui doutent, souffrent ou ont souffert en silence ; il ouvre à la réflexion, il propose de mieux se connaître, de faire la paix avec soi-même.

Je remercie les éditions Eyrolles de m’avoir donné l’occasion de parler de ce sujet si tabou. Et je remercie vivement toutes celles et ceux qui y ont contribué.

 

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Anne-Laure Buffet, avec Claire Duparc.
Les mères qui blessent, Se libérer de leur emprise – Eyrolles – en librairie le 21 juin 2018

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