FRED ET MARIE – ON DECRYPTE LA VIOLENCE

Fred et Marie. Une campagne contre la violence psychologique, lancée en avril 2012, afin de mettre la lumière sur cette agression aussi sournoise, invisible que destructrice et encore trop mal connue. 

Fred et Marie, c’est un spot que l’association CVP relaie en novembre 2013. Et c’est l’urgence qui s’installe, dont il faut vraiment prendre conscience. En un week-end, la video est vue 65.000 fois. En une semaine, elle est vue 200.000 fois. 4 ans après, elle en est à plus de 2 820 000 vues.
Fred et Marie, c’est aussi, pour beaucoup trop, malheureusement, une caricature. Lui, Fred, est un « bourrin », un « gros c** », et elle, Marie, est « trop faible », « trop gentille », elle « pourrait dire non ».

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Parce que ce clip dure 15 minutes. Et, en 15 minutes, il est censé résumer 5 ans de mariage, ou plus exactement, ce qui s’est mis en place pendant 5 ans : l’emprise de Fred sur Marie. L’emprise d’un conjoint sur sa compagne (ou inversement, puisque, une fois encore, il faut préciser que la violence psychologique est asexuée).
Imaginez un clip de 5 ans… Pour montrer toutes les finesses, tout ce qui est insidieux, non dit, dissimulé, transformé, organisé, programmé, tout ce qui constitue la violence psychologique, de la séduction à la destruction.
Imaginez que cette video soit un bon vieux vinyl. Ne la regardez pas en 78 tours, mais en 33. En prenant le temps. En vous disant que ce qui se passe devant vos yeux condense ce que dan Isla vie, les victimes vivent, au jour le jour, dans un rythme et à une cadence qui ne leur appartient pas. Qu’elles ne connaissent pas. Qu’elles ne contrôlent pas. Et dont elle dépendent.

Et pour mieux comprendre cette violence psychologique, il faut presque décrypter ce clip. Plan après plan, seconde après seconde. EN tenant compte de la lumière, du son, du rythme, de l’ambiance, des silences. Tout compte; Chaque élément pris indépendamment ne serait sans doute qu’une raison de tension ou de dispute conjugale. Il faut le tout, il faut un peu de chaque ingrédient, pour que la violence psychologique existe.

Comment voir cette video, quels sont ces signes ?

  1. Fred rentre d’un jogging, Marie cuisine. Elle écoute de la musique. Il entre. Il ne dit rien. IL COUPE LE SON, sans rien demander, surtout pas l’avis de Marie.
  2. Marie demande s’il a acheté du persil. Fred a oublié. Marie fera sans. C’est déjà assez bien comme ça…
  3. Fred fait montre de gentillesse. Feinte. Observez bien cette gentillesse, feinte. Pas la forme, le fond. C’est un REPROCHE adressé à Marie.
  4. Fred prend Marie dans son bras, l’attire à lui. Il la force. Elle ne s’oppose pas . ELLE NE PEUT PAS
  5. L’alternance compliment / reproche déguisé continue, jusqu’à ce que soit évoqué la « recette de maman ». Marie a commis une erreur. Elle aurait pu faire mieux. Elle AURAIT du faire mieux.
  6. Le téléphone sonne. Fred décroche. La communication est pour Marie; Il ne passe pas le téléphone, il prend le message… il a un ton aimable…
  7. Changement de ton. Fred interpelle Marie. Il reproche à Marie d’avoir pris une décision SANS LUI.
  8. Il rejette l’amie de Marie qui vient d’appeler. il critique, il accuse, il agresse. Il se met en avant, par la parole, et dans sa gestuelle. Fred IMPOSE ET S’IMPOSE. Il exige. Il ne laisse pas le temps de parler. Il dénigre Marie, et ses ami(e)s. Il CASSE VOLONTAIREMENT L’ENTOURAGE AFFECTIF DE MARIE
  9. Marie appelle son amie. Elle ment, deux fois : pour ne pas dire la vérité, pour ne pas accuser Fred. Elle pense SE PROTÉGER EN OBÉISSANT. Elle coupe court à al conversation.
  10. Fred minimise ce que Marie vient de faire, comme si elle avait exprimé une grande souffrance – Fred sait que Marie est peinée. Il ne le dira pas. Il a obtenu ce qu’il voulait et en parle comme si ce n’était rien. IL INFANTILISE MARIE, LUI APRLE COMME A UN ENFANT QUI A REUSSI UN EXERCICE QU’IL PENSAIT NE PAS POUVOIR FAIRE
  11. Fred passe à l’attaque. Après la violence sourde, la violence verbale s’installe, plus reconnaissable. Il se moque, il refuse la discussion, il donne des ordres. Il se montre jaloux, possessif, accusateur. Il n’interroge pas mais affirme, faisant de ses propos une réalité à laquelle Marie doit SE SOUMETTRE.
    Il est INTRUSIF, ne laissant pas Marie au repos (il la suit dans la salle demain, tout en continuant son monologue).
    Il est blessant.
    Il est violent physiquement – car se rapprocher physiquement de la personne que l’on agresse verbalement en ne lui laissant pas la possibilité de s’échapper est une agression physique, une menace, et une contrainte.
    Il change subitement de ton, et reprend le sujet qui avait créé sa colère : la jalousie, pour le transformer et en faire quelque chose de « sympa »… QUE PEUT PENSER – ET FAIRE – MARIE, de ces deux informations ? C’est un exemple d’injonction paradoxale.

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  • Il ne laisse pas à Marie le temps de réaliser ou de réfléchir : « Tu te grouilles ». IL ORDONNE, ELLE DOIT OBEIR.
  • Marie n’est pas libre de choisir sa robe. Fred critique, choisit pour elle.
    A ce stade, il ne faut pas oublier que les différentes émotions traversées par Marie lui empêchent toute réflexion et prise de recul. Elle va agir par réflexe, sans raisonnement, et obéir à ce qui est imposé.
    Et après la colère revient la séduction « Je t’aime Marie », mot qui n’est qu’une nouvelle contrainte, une nouvelle injonction paradoxale : comment NE PAS CROIRE L’HOMME QUI DIT L’AIMER ?
    Et le mot d’amour est suivi d’un ordre « Habille-toi »
  • La scène suivante – l’arrivée des amis pour le dîner, est à observer différemment. Marie qui se place spontanément près d’une amie, en s’asseyant sur un accoudoir. Inconfortable, mais pour se sentir A L’ABRI. Fred occupe l’espace par la gestuelle et la parole. Ce sont les regards de Marie qui importent : elle ne s’adresse pas à ses amies ; elle est sur le QUI-VIVE. Elle observe, elle guette, pour se sentie prête à réagir, si besoin. Et quand il est question de l’amie – celle que Marie a appelée plus tôt dans la journée, quand cette amie se fait critiquer par Fred, Marie ne réagit pas. Elle sait qu’elle NE DOIT PAS. Fred lui a expliqué, plus tôt, pourquoi cette amie ne pouvait en être une.
  • A table.
    Fred préside.
    Fred se met en avant.
    Fred veut se montrer drôle.
    Fred veut se montrer romantique.
    Fred détruit en un instant ce qu’il fait ou dit de Marie.
    Fred se moque et humilie Marie.
    Observez la réaction des tiers. Et demandez-vous : si j’avais été un- invité-e, qu’aurais-je fait ?
  • Marie est seule dans la cuisine, puis rejointe par une amie. A cette amie qui veut la faire réagir, elle répond en la repoussant : « c’est pas le moment », « souvent il est génial ». Et comme la reprend son amie : « souvent… »
  • Marie fait un acte de bravoure. Elle va passer la robe qu’elle souhaitait mettre.
    Son retour à table est assez caractéristique : elle veut parler mais elle sait que c’est Fred qui prend toute la place. Il voit la robe. Il explose, mais n’en montrera rien.
    A nouveau, il y a une violence physique : Fred tape fortement sur la table, tout le monde se tait.
    Pour chacun, Fred a tapé, mais pour que Marie puisse être entendue.
    Pour Marie, c’est une menace : TU M’AS DÉSOBÉI !
  • Marie ne dit rien, elle s’assied.
    Elle baisse la tête.
    Elle est COUPABLE.
    Et elle a HONTE.
    Autour d’elle, la conversation a repris…

 

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La violence psychologique, c’est ça. Séduction, interdiction, destruction. En utilisant toutes les armes et les outils de la manipulation.
C’est ce que vivent toutes les victimes de violence psychologique.
C’est une alternance, et une récurrence de comportements.

5 comments

  1. je pense que les Français devraient être beaucoup plus solidaires entre eux, alors que les Autorités Etatiques devraient mieux remplir leurs fonctions, je souhaite que le Président MACRON prenne conscience de cette situation dramatique ou plus personne ne respecte plus personne.

  2. Mais les gens ne veulent pas se mêler de la vie privee des autres ( c’est d’ailleurs  » leur  » problème  » , on agit éventuellement si on voit de la violence physique mais l  » autre  » , on la nie et la personne qui en est victime doit arrêter la relation . On ne voit pas le côté pathologique et donc dangereux

    1. Je pense que le devoir de tout citoyen honnête, consiste à dénoncer de manière précise et rigoureuse, les actes de violences physiques ou mêmes psychologiques graves, dont il pourrait être le témoin objectif. Ce n’est pas un acte dilatoire, mais un acte de pure Justice. Claude PUGNOTTI (ancien Avocat-Ecrivain).

    1. Ce sujet étant très important, je viens d’écrire au Président de la République le 15 Septembre écoulé pour lui faire part d’une proposition juridique pour étendre la Responsabilité Pénale et Civile du Pervers Narcissique. J’attends prochainement sa réponse. Claude PUGNOTTI

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