L’INSTINCT DE VIE – PATRICK PELLOUX

7 janvier 2015.
Patrick Pelloux participe à une réunion pour mieux organiser les secours en France.
Il doit rejoindre ensuite ses amis de Charlie Hebdo.
La réunion est brutalement interrompue.
Il doit se rendre précipitamment au journal.
Ses amis viennent d’être abattus par des terroristes. Victimes d’un attentat.

Charlie-Hebdo-ils-sont-morts-le-7-janvier-2015

Lui aussi en est victime. Psychologiquement. S’il ne perd pas la vie, il en est aussitôt exclu, dépossédé de ses émotions par un état de choc – la sidération. Dépossédé de ses envies, de son goût à vivre, de ses sourires, de ses certitudes et de cette croyance que nous avons tous, de manière presque enfantine, en une forme d’invincibilité.

Il va suivre une thérapie, pendant des mois. Il va se retrouver à devoir lutter contre cette sidération, cette dissociation qui empêche tout accès normal à ses émotions. Il va devoir réapprendre à vivre en évaluant et en affrontant ses peurs, ses angoisses, ses terreurs inconnues qui le foudroient par moment, sans prévenir et sans moyen de les gérer.
Il va être confronté à l’incompréhension des tiers, ceux qui voudraient le voir « en forme », lui, le survivant ; ceux qui n’ont pas les mots pour le consoler ou le réconforter ; ceux qui ne saisissent pas à quel point ce traumatisme ne bouleverse pas un instant, quelques semaines ou quelques mois, mais transforme radicalement une vie, et une personnalité qui va nécessairement devoir lutter, se reconstruire, apprendre de la terreur comment en faire une nouvelle énergie.

Dans l’Instinct de vie, publié au Cherche Midi, Patrick Pelloux décrit avec pudeur cette longue traversée à laquelle personne n’est préparé. Etre médecin ne l’aide pas. Il agit mécaniquement quand il doit soigner les survivants, quand il doit constater le décès des victimes. Il est dans une forme de dépersonnalisation, absent de la réalité. De sa réalité.

Patrick-Pelloux

Peu à peu il revient à la vie. Il le décrit en s’adressant à chacun comme à un ami. « Je suis devenu fragile. Il faut faire très attention aux victimes… Il ne faut pas que le statut de victime devienne une identité à part entière, une identité complète. Il faut l’accepter, mais ça ne doit pas devenir une identité unique. »

Ce dont parle Patrick Pelloux, c’est d’attentat, de terrorisme et de ce que traversent les victimes, survivantes de ces monstruosités. Ce dont il parle, c’est d’un traumatisme qui va laisser des cicatrices et des traces, profondément.

Mais bien au-delà, sans doute sans le savoir, Patrick Pelloux parle de toute victime de terrorisme. Celui qui frappe au coeur des villes, de plus en plus souvent. Celui, tout aussi violent bien que beaucoup plus invisible, qui frappe au coeur des vies lorsque la terreur est intrafamiliale; Lorsqu’un parent, un conjoint, un enfant parfois, font régner cette terreur, et font naître chez leur victime des comportements bien loin de leur personnalité, incompréhensibles et douloureux.

Il parle de toutes ces victimes de manipulation mentale qui vont subir de manière récurrente une violence insidieuse, ou qui vont s’y retrouver confrontées en une fraction de seconde. Il parle des états psychiques qu’elles vont traverser, de la culpabilité qui étouffe ou rend muet-te, de la bienveillance à découvrir non seulement chez l’autre mais avant tout en soi, pour soi.

Il parle des prises en charge possibles, des incompréhensions et des doutes qu’il faut combattre – ou ignorer – et de la possibilité de dépasser, d’accepter, d’avancer. De re-naître.

Si ce témoignage, le sien, parle des victimes du terrorisme, il faut entendre terrorisme dans tous les sens possibles. Celui qui envahit les médias par son atrocité, sa brutalité, et aujourd’hui sa répétition, obligeant chacun à faire semblant de ne pas y penser pour vivre, ou laissant prostré ceux qui ne peuvent pas dépasser l’état de choc. Et le terrorisme qu’on n’ose dire tellement il est invisible et destructeur, celui qui est familial.

Ce livre devrait être lu par chaque personne victime, par chaque proche, pour les aider à comprendre, et à re-vivre.

L’Instinct de vie, Patrick Pelloux, Cherche Midi éditeur

3 comments

  1. Analogie évidente entre terrorisme et violences psychologiques : le terrorisme fait des victimes physiques ; plus perverses les violences psychologiques font des victimes mentales ….qui peuvent en plus s’ autodétruire physiquement …Bien joué !

  2. Merci a Patrick Pelloux, de faire prendre conscience des dégâts causés par la violence psychologique quelqu’en soit la nature. Je lui souhaite d.aller de mieux en mieux, car il le mérite. Encore merci

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s