LETTRE OUVERTE À EMMANUEL MACRON, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ET À MARLENE SCHIAPPA, SECRETAIRE D’ETAT A L’EGALITE ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES

Le 21 mai 2017,

Monsieur le Président de la République,

Madame la Secrétaire d’Etat en charge de l’Egalité entre les hommes et les femmes,

Vous venez d’être élu Président de la République et exercez désormais la plus haute fonction du pouvoir exécutif.

Vous venez d’être nommée au poste de Secrétaire d’Etat et allez représenter les attentes et aspirations de vos concitoyen-nes en matière d’égalité et de justice sociale, entre autres.

Vos concitoyen-nes. Nous. Nous qui, pour beaucoup, mettons encore de l’espoir dans un possible changement, une possible compréhension.

Compréhension de quoi ? Compréhension d’un mal social implacable et qui ne va que croissant. Compréhension d’un mal quotidien, souvent invisible, indicible et qui pourtant ronge et détruit l’ensemble de notre société, puisque chacun de ses rouages est petit à petit touché. L’enfant, le couple, la famille, et la famille au sens large, l’entreprise, le lien social, le lien humain… Tout semble se gangréner lentement et sûrement. Menant à une perte de repères, une perte de valeurs et une perte complète de reconnaissance individuelle. La conséquence pour un trop grand nombre : se demander chaque jour qui il-elle est, ce qu’il-elle fait, dans quel but, avec quel avenir.

Ce mal social a un nom : la violence psychologique. Utilisée pour obtenir et conserver le contrôle et le pouvoir sur une personne, elle est le fait d’un employeur, d’un collègue, d’un parent, d’un conjoint. Parfois, elle est mise en oeuvre par tout un groupe ou toute une structure, donnant alors le sentiment de devoir lutter contre une association de malfaiteurs.

Si cette violence est prise en compte au travail peu ou prou (et plutôt peu que prou), elle reste encore bien trop ignorée lorsque la sphère familiale et/ou conjugale est touchée. On la voit et on la lit partout, on en observe certains symptômes, mais qu’en fait-on ?

Rien.
Par manque de moyens, par manque de formations, par manque de temps, par manque de connaissances, de compréhensions, de recul, et malheureusement d’envies d’agir, cette violence n’est pas entendue et ses victimes se retrouvent livrées à elles-mêmes, et se sentant abandonnées par le « système ». Les professionnels de la santé, de la petite enfance, de la justice, justice entendue au sens le plus large possible, sont souvent dépassés et se renvoient alors la balle, en l’occurrence des personnes extrêmement fragilisées. Ceux qui sont formés et veulent intervenir se retrouvent démunis. Et les victimes ont l’effroyable sentiment de ne pas être comprises, et de devoir subir une nouvelle injustice, une nouvelle violence.

Le temps de la justice est rendu incroyablement long par manque de ressources financières. Les budgets sont réduits de manière drastique et les tribunaux sont terriblement encombrés. Les professionnels n’ont pas la possibilité de suivre pleinement un dossier, de le mener à terme, d’espérer une décision équitable et juste. Car le temps de déposer une requête et d’instruire prend le pas sur le temps de décider et de juger. On parle de dossier, pas d’une personne ou d’une famille. Un dossier numéroté, rangé, archivé parce qu’il est « trop tard » pour agir, parce que le temps est passé, parce que la victime qui cherche par tous les moyens à être aidée se retrouve privée de ressources. Les procédures multiples et successives entraînent la ruine de la victime qui subit. Espérant en la justice pour recevoir une défense équitable face à une violence continue et intraitable, elle supporte ou s’écroule sous cette double peine : le sentiment d’être un justiciable rejeté et ignoré.

Cette victime qui souffre au quotidien de cette forme hybride de maltraitance ne peut bénéficier d’aucune aide – ou si minime – lorsqu’elle doit se présenter en justice. Pourtant elle va devoir y consacrer son temps, et risquer de perdre son travail, son domicile, souvent sa santé, généralement son entourage, ses proches. Elle va courir de médecins en avocats, de tribunaux en hôpitaux, de spécialistes en professionnels, d’éducateurs en enseignants. Tout cela à un coût financier, matériel et humain. La victime entasse les documents, et les dépenses. Elle s’épuise et elle ne sait pas pour quelle raison, puisqu’elle ne voit pas de solution.

La victime de cette violence psychologique perd bien plus que ses illusions et les espoirs, les envies et les projets qu’elle avait pour elle, pour son couple et pour ses enfants. Elle perd ses convictions, ses certitudes et la force nécessaire pour se battre. Elle perd confiance.

Monsieur le Président de la République, madame la secrétaire d’Etat, votre gouvernement doit aujourd’hui définir des moyens d’actions et des budgets pour lutter contre cette violence psychologique qui empoisonne toute notre société. Et au sein du gouvernement, plus d’un portefeuille est en cause.

C’est le Ministère de la Justice qui est concerné. Avocats, magistrats, greffiers, huissiers, notaires… tous sont concernés car directement impliqués, témoins involontaires et désarmés. Les formations manquent. Les moyens manquent. Le nombre de magistrats manque et fait défaut. Les dossiers s’accumulent et trainent. Un an. Deux ans. Parfois bien plus. Pendant ce temps, ce sont des êtres humains qui attendent sans comprendre et surtout sans savoir de quoi demain sera fait. Et qui continuent de subir, au quotidien, une forme de torture. Des adultes et des enfants souvent ballotés et déchirés, victimes de violence et de maltraitance. Avec lesquelles ces enfants vont devoir grandir, devenir adultes, être un jour eux aussi acteurs dans notre société. Mais avec quels repères ?

C’est le Ministère des Affaires sociales et de la Santé qui est concerné. Parce qu’une victime va en porter les séquelles psychologiques et physiques pendant des années, va développer des incapacités, des handicaps et des pathologies qui peuvent être soignés, mais dont la cause n’est ni comprise ni analysée. De ce fait, elle n’est pas traitée. Et parce qu’elle n’est pas traitée, elle continue de détruire.

C’est le Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche qui est concerné. Et l’école en tout premier chef, ce lieu où l’enfant est censé apprendre, développer des connaissances et des compétences, construire une personnalité et un projet professionnel. C’est également le lieu où l’enfant très souvent va exprimer ou montrer sa souffrance. Mais à qui ? Combien sont-ils à réellement comprendre, à oser s’investir, à oser signaler lorsqu’ils décèlent une situation préoccupante ? Alors que c’est un devoir, beaucoup se retranchent derrière la hiérarchie. Enseignants, éducateurs spécialisés, médecins et psychologues scolaires, personnel encadrant… Tous ont un rôle à jouer. L’éducation ne se limite pas à transmettre. Elle consiste aussi à donner un cadre, une sécurité et une protection. Quand la structure familiale est fragilisée ou inexistante, vers qui l’enfant peut-il se tourner si le premier relai – l’école, le collège ou le lycée – est défaillant ?

C’est le Ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes qui est concerné. Parce qu’il doit être rétabli. Parce qu’il doit exister pleinement. Parce que les victimes sont le plus souvent des femmes. Parce que leurs droits ne sont toujours pas respectés, parce qu’elles ne reçoivent pas la même considération, le même salaire, les mêmes avantages. Parce qu’il faut bien plus qu’une journée par an pour leur permettre d’être reconnues. Parce que le harcèlement dont elles peuvent souffrir est monnaie courante, au travail, dans la rue, sous leur toit. Mais que leurs plaintes sont encore trop souvent moquées ou rejetées. Parce que, malgré les avancées sociales de ces dernières années, les femmes sont les premières victimes de cette hydre destructrice en subissant de plein fouet la violence économique. Et sans moyens ou recours financiers possibles, elles renoncent trop souvent à se battre pour leurs droits, par peur d’une issue dramatique.

Parce que les familles, la notion même de famille et de structure familiale, est en danger. Or lorsque la famille, représentation microcosmique de la société, est affectée, fragilisée ou détruite, comment ses membres peuvent-ils s’intégrer et participer à une société qui aujourd’hui semble avoir pour valeurs essentielles la compétition, la réussite, l’accès au pouvoir et au contrôle ?

Parce qu’un enfant victime de violences familiales est en danger. L’inceste est un sujet encore trop tabou ou nié, or une victime d’inceste porte à vie les séquelles psychologiques et physiques de ce crime. La maltraitance verbale ou physique nuit et nie le développement de cet enfant victime. Déscolarisation, délinquance, violences physiques sur lui-même ou sur autrui… Souvent confié à la garde d’un parent défaillant, la justice n’ayant pas les moyens et le temps de faire mener les expertises nécessaires pour comprendre et juger du système et de l’environnement dans lequel se construit cet enfant. Sans soutien, sans accompagnement et sans écoute, c’est un enfant vite livré à lui-même qui va devoir s’insérer dans la société sans en accepter ou sans en connaître les cadres et les limites.

C’est pour ces nombreuses raisons, non exhaustives, que tous les ministères sont concernés. Tout ce qui règle et régule le fonctionnement de notre société et de notre pays. L’intérieur, la culture, la communication, l’habitat, l’aménagement du territoire, le travail et l’emploi, la jeunesse, les sports, l’Outre-Mer… Autant de portefeuilles ministériels qui peuvent et doivent se sentir concernés.

C’est pour cela qu’il est urgent de prendre en compte la réalité de la violence psychologique et ses trop nombreuses et terribles conséquences. C’est pour ces différentes raisons que votre fonction doit aujourd’hui vous imposer cette prise en compte. C’est parce que chacun de ces points mérite d’être détaillé, développé, expliqué et surtout, traité. C’est dans ce cadre que nous sommes extrêmement nombreux à attendre aujourd’hui de réelles mesures, tant en termes de structures qu’en termes de moyens humains et financiers.

Monsieur le Président de la République, Madame la secrétaire d’Etat, nous vous demandons aujourd’hui bien plus que des discours ou des nominations. Nous vous demandons d’agir pour entendre et surtout pour défendre celles et ceux qui en font la demande pressante et légitimement fondée. Pour que notre société ne se fasse plus la complice de ces crimes psychologiques impunis.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, Madame la Secrétaire d’Etat, l’expression de mon profond respect.

Anne-Laure Buffet – Présidente de l’association CVP – Contre la Violence Psychologique
Coach et thérapeute

annelaurebuffet@gmail.com

Monsieur le psdt 6

Monsieur le Président de la République (glissé(e)s) 1 - copieMonsieur le Président de la République (glissé(e)s) 2 - copie

Monsieur le Président 5

2 comments

  1. Bravo ! Je vous félicite pour votre engagement , votre courage . Je vais largement diffuser cette lettre autour de moi . Je veux croire que notre nouvelle secrétaire y sera sensible
    Mp

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