NUE, SOUS LA LUNE – Roman

Un nouveau roman – un énième roman – dont le terrible et principal personnage est la toxicité d’une relation entre une femme et un homme, pour quoi faire ?
Parce que l’invisible de la relation toxique est également si intime et particulier que chacun-e le vit sans savoir le dire et souvent sans même le comprendre. Sans savoir où cette relation, cette toxicité, va le-la conduire.
Parce que lire les mots d’un-e autre conforte les siens, conforte les sentiments, et renforce la compréhension.
Nue, sous la lune, roman de Violaine Bérot paru en janvier 2017 chez Buchet Chastel délie la langue de celles et ceux qui souffrent.

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D’elle, on ne sait pas grand chose. Elle sculpte le bois. Elle est petite. Elle a choisi celui qui la détruit. « Je t’ai pourtant voulu. C’est moi qui suis venue te trouver, qui ai débarqué dans ton atelier un jour d’avril, c’est moi qui avant même notre première rencontre savais déjà que je té séduirais. ». Comment ne pas être coupable lorsque l’on pense avoir tendu la tâche au bourreau ?
Elle a une fragilité si immense et si ténue qu’elle se glisse en quelques lignes pour être oubliée aussitôt. Ou presque.
De lui, on n’en sait guère plus. Sculpteur sur bois, comme elle. Admiré, adulé, fascinant. Envieux, jaloux, possessif. L’art lui appartient. La maison lui appartient. L’argent lui appartient. La vie lui appartient. Tout est sous contrôle. Rien n’est dit. Tout se comprend. Jusqu’à l’incompréhension : « Je ne peux toujours pas comprendre pourquoi ma présence t’était, dans le même temps, totalement insupportable et absolument nécessaire. »
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Par petites touches, l’auteur sculpte cette relation, au ciseau. La rencontre, le désir de réussir, le désir de plaire, le désir d’être désirée. L’incompréhension, les incertitudes, les doutes, la culpabilité. « Je ne me trouvais jamais assez aimante, assez douce, assez travailleuse, il était normal que tu sois déçu ou amer. ». Et l’effroi qui colle au corps, dont on veut se séparer en s’ébrouant comme un chien qui sort de l’eau, sans avoir la force de bouger, tenu-e immobile par la violence de la relation. « Je dois me laver, nettoyer ma peau, la débarrasser de son odeur de peur. ».
Comme la réalité de cette violence, rien n’est tangible, tout est réel. Rien n’est décrit, tout est ressenti. Tout est écrit avec minutie, au ciseau du sculpteur. Les sentiments semblent effacés et sont pourtant bien présents. La colère se tait, la honte se cache, la douleur s’efface.

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Elle fuit, dès les premières lignes. Elle fuit cet homme, elle fuit son couple, elle fuit une vie qui n’en n’est pas une. Où les silences sont des menaces, les sourires des reproches, les  paroles des coups de poing. « Est-ce qu’auprès de toi vivre pouvait s’appeler vivre ? Cela ne tenait-il pas plutôt de la survie ? « . Elle fuit et l’on se retrouve assis-e à côté d’elle, dans sa petite voiture rouge, à l’encourager dans cette fuite, à vouloir l’aider à partir encore plus vite. On s’arrête avec elle, on souffle avec elle. On se repose enfin.

Elle reprend la route.
Elle est heureuse.
Elle sait ce qu’elle doit faire.
Elle sait qu’elle peut vivre.
Elle sait qu’elle va y arriver.
« Je vais rentrer. »

Avec lui.

Quand on connaît cette violence, sa perfidie, ce qu’elle a d’inéluctable, sa dangerosité morbide, on voudrait crier, hurler Non ! Non, n’y retourne pas. Y croire encore, faire marche arrière, est-ce possible ? Ceux qui n’ont pas connu cette toxicité ouvrent des yeux ronds, secouent la tête et soupirent, et se disent : « elle l’a cherché… ». Les autres savent que c’est possible en effet. C’est presque inévitable. L’envie de croire que la violence va s’arrêter, que la vie est imaginable. Mais ils savent aussi où cela mène.
Parce qu’ils le savent, « Je vais rentrer. » terrifie. Parce qu’ils le savent, ils vont vouloir l’appeler, la retenir, l’empêcher de faire demi-tour. Un demi-tour fatal.

Nue, sous la lune n’est pas une fuite. C’est la chronique d’une mort annoncée, entre Gabriel Garcia Marquez et Virginia Woolf.

Nue, sous la lune – Violaine Bérot, Buchet Chastel éditeur. 
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Et le mot adressé à l’auteur cet après-midi :
Madame,

Je viens de terminer le roman Nue, sous la lune.
Travaillant auprès de victimes de violences intrafamiliales et conjugales, ce livre m’arrive ce matin, comme s’il était évident que je doive le lire.
Je lis la quatrième, un nouveau livre sur la relation toxique, pourquoi pas ? Mais j’en lis tellement, pour mon travail. Le samedi est en principe un jour de repos.
Et puis, curieuse, je lis le premières lignes, et les suivantes.
Une heure après, je pleure.
Je pense à toutes celles et ceux que je vois, que j’accompagne, qui souffrent, qui n’arrivent pas à dire, qui s’enferment et sont enfermés.
Je pense à celles et ceux qui ont pensé au suicide. Qui sont passés à l’acte. Qui en souffrent, en ont honte. Ou qui ne sont plus.
Ce livre est, tout en pudeur et en délicatesse, cette fin qu’on sait inévitable lorsque la violence est trop forte, trop présente, et semble incontournable. Lorsqu’il semble qu’elle soit ce que l’on doive vivre, elle, et rien d’autre.
Merci pour ces personnes qui veulent arriver à vivre. Et à être entendues.

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