LA PEUR D’ÊTRE UN PARENT TOXIQUE

Je crois que je suis une mère toxique. Vous pensez que je suis une mère toxique ?

Impossible de dire combien de fois j’ai entendu cette interrogation. Et cette inquiétude.
Il y a encore peu de temps, un parent se demandait s’il était un bon parent. Et, tristement, disait, comme une excuse ou une justification Je ne suis pas parfait-e, mais….
Aujourd’hui s’oppose directement au terme de « parfait » celui de « toxique ». Sans compromis, sans pondération entre les deux . On est parfait-e, ou l’on est mauvais-e.

Sauf que je ne sais pas ce que « parfait-e » veut dire. Je ne sais pas ce qu’est la perfection en matière parentale. En aucune matière d’ailleurs. Si la perfection constitue en le tout savoir, le tout faire, le tout régler, le tout protéger, le tout comprendre, le tout apprécier, le tout aimer, elle se nourrie alors de tout, de trop surtout, et le trop est toujours… de trop.

Et lorsque l’on est parent, cela voudrait donc dire : tout savoir pour pouvoir tout donner, tout entendre pour pouvoir tout apprécier sans jamais juger, être étonné-e sans jamais s’inquiéter ou s’énerver. Etre tellement présent-e que rien ne pourrait échapper au vigilant contrôle de ce parent tellement attentif-ve, tout en laissant un espace de liberté suffisamment important pour que l’enfant à chaque âge, à chaque étape de sa croissance, puisse faire ses propres expériences (qui ne seront jamais ni critiquées ni remises en cause) et soit même encouragé à le faire (et même mieux, toujours valorisé même dans ses échecs car ils soulignent son insatiable curiosité et sa merveilleuse imagination). Etre tellement dans l’amour de son enfant qu’il n’aurait jamais à en douter car les gestes, les paroles, les silences, les regards et les faits seraient tous là pour témoigner de cet indéfectible amour. Sans non plus être jamais suspicieux ou suspectés de quoi que ce soit par qui que ce soit.
Bien sûr il y aurait un minimum de règlements, de fermeté à respecter, pour une bonne entente, une vie conviviale et en confiance, une harmonie personnelle et familiale, un développement de la confiance en soi qui serait alors si forte et clairement établie que rien ne viendrait l’entacher.
Par ailleurs ce parent parfait-e aurait exceptionnellement le droit de sévir (mais exceptionnellement) et si la punition doit être exemplaire, il l’appliquerait sans honte et sans regret car tout cela étant dans le strict et unique intérêt de son enfant chéri, ce serait pour son bien. Et l’enfant le saurait donc accepterait (remercierait même) pour cette punition reçue comme une explication, afin que la faute le péché l’erreur l’inconduite le manquement la chose ne se reproduise plus.
Et c’est ainsi que dans cette ambiance décontractée, chaleureuse, complice, détendue, confiante, constructive, équilibrée, équilibrante, sereine et joyeuse, le parent-e s’accomplirait pleinement dans son rôle de parent et l’enfant grandirait en pleine conscience de la chance incroyable qu’il a, avec gratitude et respect.
Amen.

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Jingle.
Retour à la réalité.

Si personne n’est parfait-e, fort heureusement, n’est pas non plus toxique qui veut.
Plus exactement est toxique celui ou celle qui sera perpétuellement en incapacité complète de se remettre en cause et en question. De s’observer, de prendre du recul, d’observer également son enfant, de se mettre à l’écoute non pas de ses propres aspirations et attentes, mais de celles de son enfant.
De plus, la toxicité d’un individu ne débarque pas comme cela, un beau matin, pour repartir quelques mois ou années plus tard. Elle est là, en incubation, et c’est un évènement ou une personne extérieure qui va lui donner l’occasion de se manifester.
Prenez l’exemple d’un champignon toxique. Il est toxique pour vous si vous le touchez ou le mangez. Il n’arrête pas d’être toxique si vous passez à côté sans vous en approcher. Mais il ne sera pas toxique pour vous. Puisque vous n’aurez pas été en contact avec lui. Et il ne devient pas toxique subitement. Il est toxique de l’état de semence jusqu’à sa fin (quelle qu’elle soit).

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Une relation toxique est ainsi. Elle est toxique du premier instant de la relation jusqu’à la fin de cette relation (la fin n’étant pas physique mais psychologique : la rupture doit être réelle et acceptée par la victime).
Un parent toxique ne le devient pas un beau matin, au réveil.
Il est toxique et c’est la « rencontre » avec son enfant qui va donner l’occasion  à la toxicité de se mettre en place.

Il est donc indispensable de distinguer plusieurs comportements :

  • le parent est dans son rôle de parent quand, dans le respect de la personnalité de son enfant, de son âge, de ses capacités et de ses besoins, va également mettre des limites, ouvrir certaines portes mais en se montrant responsable, inviter à découvrir et à faire sans tout accepter. C’est un parent qui sait dire oui. Et qui sait dire non. Qui a une ligne de conduite et s’y tient.Qui ne crée pas de flou, dont les discours ne sont ni alambiqués ni ambivalents. Il-elle peut ne pas avoir toujours raison ; il-elle peut se tromper, mais il-elle reconnaît alors son erreur.
    Ce parent sera forcément vu comme pénible (pour rester dans un champ lexical que la politesse me mène à utiliser), et peut-être même toxique par son enfant. Et c’est surtout à l’adolescence que ce sentiment va naître, chez l’enfant. Il se sent surveillé, empêché, contrôlé, brimé. Il le vit comme un drame, drame nécessaire pourtant à sa propre construction. Si l’opposition parentale est juste, nécessaire, équilibrée et n’impose ni ne s’oppose totalement, l’adolescent découvrira dans cette opposition sa propre personnalité et ses propres responsabilités.
  • le parent qui est dans son rôle de parent et qui, dans le respect de la personnalité de son enfant, de son âge, de ses capacités et de ses besoins, et qui pourtant ne va plus être à même pendant un temps de tenir ce rôle de parent. La maladie, l’absence ou l’éloignement dûs au travail par exemple, les difficultés matérielles ou économiques… sont un empêchement à être pleinement dans son rôle. Ce parent en a conscience. Il peut en parler, lorsqu’il lui est permis de reprendre sa place, ou parfois même pendant cette « absence » à son rôle de parent. Il peut se sentir coupable ou défaillant tout en sachant qu’il n’agit pas contre son enfant.

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  • le parent qui « adopte » un rôle et une posture, pour se protéger et croyant protéger son enfant. Il s’agit le plus souvent de personnes elles-mêmes victimes d’une relation conjugale toxique, manipulée, violente psychologiquement. Perdant en capacité à raisonner, à s’investir, à agir librement et pleinement, ces parents se soumettent aux injonctions et à la volonté de leur conjoint-e et reproduisent sur leurs enfants des comportements qui ne leur appartiennent pas, qui ne sont pas en accord avec leur personnalité et leurs pensées. Mais ne sachant pas/plus ou ayant peur de faire autrement, ils ont des actions immédiates, irréfléchies, spontanées, sans projection et sans possibilité d’en imaginer les conséquences futures.
    Leurs pensées ne sont guidées que par un leitmotiv : je ne dois pas mettre mon conjoint-e en colère et je dois protéger mes enfants.
    Ce parent-victime est celui (celle) que je vois et entends me poser cette question : suis-je toxique ? Dis-je été toxique pour mon enfant ?
    Ce parent, parce qu’il a la capacité de juger de ses actes et de ses manquements, peut reconnaître ses erreurs. Peut en souffrir (et la souffrance est d’autant plus forte si les enfants se sont éloignés, car instrumentalisés par l’autre parent). Mais il-elle peut dire, parler, expliquer sans se justifier.
    Et je vous vois sursauter, vous étrangler ou pleurer – oui, je sais, c’est bien loin d’être si simple. C’est bien loin d’être si évident que de nouer ou renouer un lien lorsque l’enfant a été instrumentalisé, manipulé et séparé.
    Lorsque l’enfant ne veut rien entendre.
    Lorsque l’enfant est devenu étranger.
    Mais, dans l’intime conviction que le parent doit avoir sur lui-elle-même, dans le regard qu’il-elle porte sur ses comportements, dans le respect qu’il-elle a de sa personnalité et son intégrité, il est indispensable de comprendre qu’il n’y a pas eu toxicité mais emprise.
  • Reste le parent toxique. Le parent qui utilise son enfant. Comme un jeu, comme une arme, comme un confesseur, comme un confident, comme un trophée, comme un punching-ball,… et j’en passe. Le parent qui n’a pas et ne peut être amené-e à la conscience que son enfant ne lui appartient pas, qu’il a, certes, des droits mais aussi et avant tout des devoirs vis-à-vis de cet enfant.
    La toxicité se manifeste de multiples façons. Elle a toujours pour effet de dépersonnaliser l’enfant pour l’instrumentaliser.

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    Ce parent est convaincu d’avoir raison, d’être dans son bon droit. Il-elle ne supportera pas la contradiction,d’où qu’elle vienne. Il-elle trouvera toujours une « bonne raison » pour agir comme il-elle le fait. Il-elle se montrera éventuellement à l’écoute des conseils extérieurs sans en appliquer aucun. Il-elle dira à qui mieux-mieux qu’il s’agit de son enfant et qu’il-elle sait ce qu’il-elle fait.

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    Il-elle interdira à son enfant de grandir, de s’émanciper, de quelque manière que ce soit.
    Il-elle ne consultera jamais pour parler de ses doutes, car il-elle n’en n’a pas, de sa culpabilité car il-elle n’en souffre pas.
    C’est un parent dépourvu de conscience parentale, de compréhension de son rôle de parent, de notion d’altérité. Enfermé-e dans ses certitudes, il-elle ne peut en changer. Et même lorsqu’il-elle adopte, en apparence, un comportement différent à celui existant jusqu’alors, c’est uniquement pour continuer à contrôler et renforcer son emprise, jamais pour permettre à son enfant de devenir adulte, indépendant, autonome.

Aussi, à ces mères, à ces pères qui redoutent d’être ou d’avoir été toxique pour leurs enfants, au-delà des douleurs du quotidien, j’ai envie de dire, sans sombrer dans le béni-oui-oui : pardonnez-vous. Conscients de ce que vous avez fait, dit, agi, vous pouvez dire que vous avez été intoxiqués. Mais pas toxiques. Simplement un parent en souffrance et en difficulté. Simplement un être humain qui ne savait pas faire autrement.

Anne-Laure Buffet

NB : Le 21 février 2017 un documentaire MA MERE, MON POISON sera diffusé sur France 5 à 20h30. 

 

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