RENDRE LA PAROLE AUX VICTIMES

Il y a un peu plus d’un an je publiais ce livre : Victimes de violences psychologiques, de la résistance à la reconstruction – Le Passeur éditeur.

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Ce matin je découvre cette critique :

« L’originalité de cet ouvrage réside dans le fait qu’il est centré sur les victimes, contrairement aux autres livres publiés jusqu’à présent sur le thème de la violence psychologique qui sont centrés essentiellement sur les auteurs. Ce n’est pas seulement à la cruauté d’une personne toxique que les victimes doivent faire face. Il y a aussi l’incompréhension de l’entourage et de la société, ainsi que des inhibitions qui surviennent chez les victimes elles-mêmes à la suite des maltraitances qu’elles subissent.

Dans les deux premières parties de son livre, Anne-Laure Buffet expose avec clarté et pertinence les différents aspects de cette problématique en l’illustrant de situations vécues. Dans la troisième, illustrée également de cas concrets, elle traite de manière exhaustive et précise des différentes étapes de la reconstruction de soi qui fait suite à la situation d’emprise, y compris la question du pardon qu’elle qualifie de difficile. Réalisme, honnêteté, lucidité caractérisent le livre tout entier.
Tout au long de l’ouvrage, l’auteur rend hommage aux victimes, hommes ou femmes, qui, loin d’être faibles, sont au contraire des personnes fortes et courageuses, des combattantes. »

Je remercie vivement la personne qui a écrit ces lignes et ce commentaire.
Je la remercie car elle souligne ce que j’ai voulu faire, ce qui était mon objectif en écrivant ce livre : donner la parole aux personne victimes, leur rendre justice, leur reconnaître leur existence, leurs souffrances, leurs parcours douloureux.
Mettre en avant la difficulté de la prise de conscience face à un entourage souvent aveuglé, et une société qui entend si peu et/ou si mal.
On leur reproche souvent de « replonger »… mais on ne leur tend pas la main. J’entends par là : la justice, le droit, les professionnels « soignants » sont souvent absents ou stoppés dans leurs démarches par les rouages administratifs trop complexes, par le manque de personnel, le manque de soins possibles, le manque d’encadrement, le manque de formations.
Et l’entourage lui-même, aveuglé, dupé par la personnalité toxique, réagit rarement, ou peu, ou trop tard.

De plus, il ne s’agit pas simplement de rompre, de partir, de mettre un terme à cette relation toxique. Ce n’est pas simplement une rupture. C’est une acceptation, avec tout ce que ce terme peut comporter. Une acceptation d’avoir été utilisé-e, trompé-e, dupé-e, maltraité-e. Une acceptation de ne pas avoir commis de faute, là où le (la) toxique s’empresse et s’acharne à dire le contraire. L’acceptation de ne pas être idiot-e, stupide, moins que rien. L’acceptation d’être un être humain à part entière, d’avoir une existence digne d’être respectée, d’avoir une vie à vivre pleinement. L’acceptation de sa souffrance, des violences vécues, des cicatrices et traumatismes engendrés, de la nécessité d’être aidé-e. L’acceptation qu’un « autrement » est possible. L’acceptation d’une responsabilité : non pas celle de ce qui a été vécu, mais de celle qui permet de changer, de modifier son ressenti, son attitude, ses limites. Il ne s’agit pas de transformer une personnalité. Il s’agit de la retrouver, de la (re)construire.

C’est aussi la compréhension qu’une victime est une femme. Un enfant. Un homme.
Oui, il y a plus de femmes victimes de violences conjugales.
Mais oublier que les hommes peuvent être victimes, c’est oublier aussi ces petits garçons, ces jeunes gens maltraités par un parent toxique. C’est leur interdire la parole, et leur interdire de se construire en se détachant d’un modèle et d’une emprise destructeurs.

Enfin, parler de « l’après », du travail et du cheminement à faire, ce n’est pas dérouler un tapis épais, confortable et soyeux sous les pieds d’une victime en lui faisant croire que « tout va aller bien maintenant ». Il s’agit de dire la vérité. Et le chemin est à la fois long et douloureux. La prise de conscience peut s’imaginer comme un rideau qu’on déchire, un rideau qui obstruait la réalité. Mais en déchirant le rideau, on ne sait pas ce que l’on va trouver derrière. La réalité est brutale et sans concession. C’est pour cela que ce chemin ne peut se faire seul-e. C’est pour cela qu’il est long et très sinueux, car la personnalité toxique va essayer de retenir par divers moyens celui ou celle qui était sa victime.
Parler de « l’après » c’est aussi mettre en garde contre la violence économique, contre la violence sociale, contre les rechutes qui peuvent se produire longtemps après la rupture, et les risques de répétition.
C’est permettre d’apprendre à dire « Je ». A le sentir. A le vivre.
C’est pourvoir se regarder et se dire : « Bravo. Et merci ».

Anne-Laure Buffet

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