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UN PRÉNOM POUR LA VIE

PRÉNOM. n. m. du latin praenomen.Nom particulier donné à la naissance, joint au nom patronymique, qui sert à distinguer les différentes personnes d’une même famille.Quoi qu’il en soit, on ne devrait jamais le révéler à ses proches avant que l’enfant soit là. Non par superstition mais parce qu’il s’ensuit toujours et invariablement une discussion acharnée qui tourne à la fâcherie, voire au chaos.

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A quoi pensent les parents ?
C’est la question que je me suis encore posée hier en lisant cet article de MADAME Figaro : « Jenifael, Chachaille, Frendjy… Ces prénoms invraisemblables qui existent réellement ».
On y découvre une liste assez… originale de prénoms donnés – et enregistrés à des bébés qui n’ont, je vous le rappelle, rien demandé du tout, et surtout pas à être ridicules. Voués à être la risée de la cour de récré, de professeurs peu empathiques, ou de futurs patrons plus cruels que compétents. Et être la risée n’est rien. Que dire pour cette petite fille appelée Euthanasia ? Eu-tha-na-sia, absolument. On sent la grossesse désirée, l’enfant voulu et attendu, qui sitôt né sera aimé, choyé et protégé. Jusqu’au divan d’un psy qui, lui, saura bien vite déterminer l’origine d’un trouble, mais rompre le lien et créer un attachement sécure et  blablabla. Pauvre petite fille.

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Je repense alors à cette pièce de théâtre de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière : Le prénom. Résumé : Vincent va être père pour la première fois. Invité à dîner chez Élisabeth et Pierre, sa sœur et son beau-frère, il y retrouve Claude , un ami d’enfance. En attendant l’arrivée d’Anna, sa jeune épouse éternellement en retard, on le presse de questions sur sa future paternité dans la bonne humeur générale… Mais quand on demande à Vincent s’il a déjà choisi un prénom pour l’enfant à naître, sa réponse plonge la famille dans le chaos. Parce que Vincent est drôle, Vincent est quadra, Vincent s’ennuie, Vincent fait une blague et Vincent annonce que son fils s’appellera Adolphe. Pas Adolf, Adolphe. Annonce faite sous le regard incrédule et moqueur de ses proches, qui passent du rire aux cris quand ils se mettent à le croire. Adolphe, ou, mais ph et pas f. Et Vincent de jouer de l’orthographe lorsque les autres s’acharnent à dire que oui certes Adolphe, mais ADOLF, tout de même ! a laissé quelques souvenirs. Bref, la blague tourne au grabuge, le dîner au règlement de compte et le prénom devient prétexte à l’expression de colères et non dits.
Mais, ce n’est qu’une pièce.

Or, dans la vie, la vraie vie de tous les jours des gens qui ne vivent pas que sur les réseaux sociaux, dans les poussettes poussées par ces gens heureux et fiers d’être de jeunes papa-maman, des enfants s’accrochent déjà à leur tétine pour ne pas hurler.
Chaque année, la ligue des officiers de l’état civil dresse la liste de ces prénoms sortis tout d’un droit d’un chapeau, sans doute celui qui, à Poudlard, prestige lycée où étudiait Harry Potter, décidait de la « maison » de chaque collégien. Sauf que dans la vraie vie de tous les jours des gens qui ne vivent pas que sur les réseaux sociaux, ces enfants vont grandir.

– Comment t’appelles-tu ? 
– Alfa Omega
– Ah. Tu es le tout et l’infini, l’absolu, le début, et la fin…
– Cherchez pas, je suis déjà en thérapie.

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S’il est vrai que d’un point de vue légal : » le ou les prénoms de l’enfant sont choisis par ses parents. Le choix du prénom est libre mais doit respecter certaines règles notamment au nom de l’intérêt de l’enfant. Il se fait auprès de l’officier de l’état civil. En cas de désaccord sur le choix du prénom le juge peut être saisi. », tout cela me semble manquer un peu de bon sens, de goût, de bienséance. Tout cela me laisse penser que ces parents choisissent le prénom de leur enfant comme ils « font » un enfant. Sans y réfléchir. Comme des enfants auxquels on offre une peluche ou un hamster. Je n’ai rien contre les hamsters. Et je n’ai rien contre les peluches. Mais Petite Neige me semble plus adapté à un animal qu’à une petite fille.
Il est toujours possible de revenir sur ce choix. Choix qui est d’ailleurs en principe soumis à contrôle : L’officier d’état civil contrôle le (ou les) prénoms choisis par les parents au moment de la déclaration de naissance. Il avertit le procureur de la République s’il estime que :

  • le prénom nuit à l’intérêt de l’enfant (prénom ridicule, par exemple),
  • ou si le prénom méconnaît le droit d’un tiers à voir protéger son nom de famille (par exemple, un parent ne peut choisir comme prénom le nom de famille d’une autre personne et dont l’usage constituerait une usurpation).

Le procureur peut ensuite saisir le juge aux affaires familiales qui peut demander la suppression du prénom sur les registres de l’état civil. En l’absence d’un nouveau choix de prénom par les parents conforme à l’intérêt de l’enfant, le juge attribue un autre prénom.
De plus, tout prénom inscrit dans l’acte de naissance peut être choisi comme prénom usuel.

Ce qui constitue une réponse assez généralement formulée par les parents auxquels il est demandé « mais pourquoi l’avez-vous appelé(e) comme ça ?… ». Parce que ça nous plaisait, et comme on lui a donné d’autres prénoms, il (elle) prendra celui qui lui plait. Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir choisi un prénom plus « classique », et lui donner ce prénom en surnom ? Parce que ça nous plait et c’est NOTRE enfant; Oui, certes d’accord.
Mais être parent ne donne pas tous les droits. Etre parent devrait porter déjà une interdiction : celle de ridiculiser ou risquer de ridiculiser son enfant. Vous me direz, tout est question de temps, de goût, de mode, et d’époque. Comme bien de Marilyn(e), combien de Kevin, combien d’autres prénoms encore ont été donnés suite à un succès cinématographique, artistique, ou à l’émergence d’une star ? Combien de Céline sont nées parce qu’Hugues Anfray l’avait chanté ?
Certes, certes.
Mais, que je sache, Kevin, Celine, Marylin… ce n’est pas MiniCooper, Merdive. Ce n’est ni une chosification d’un individu, ni une … destinée ?

Certes encore, il est possible que le prénom soit refusé (mais lorsque l’on voit ce qui est autorisé, j’aimerai connaître les raisons des refus).

Et il est possible de changer de prénom. En effet, si votre prénom ou la jonction entre votre nom et prénom est ridicule ou vous porte préjudice, vous pouvez demander à en changer. L’adjonction ou la suppression de prénoms peut également être demandée. Actuellement, l’article 60 du code civil prévoit que la demande de changement de prénom s’effectue uniquement auprès du juge des affaires familiales.

L’intéressé doit adresser sa demande, en précisant les motifs, auprès du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance. Le tribunal compétent est celui du lieu de naissance du demandeur ou de son domicile. Lorsque l’acte de naissance du demandeur est détenu par le service central d’état civil du ministère des affaires étrangères, la demande peut aussi être présentée au juge du tribunal de Nantes. C’est le cas des personnes nées à l’étranger. L’assistance d’un avocat est nécessaire. Le demandeur peut, sous certaines conditions, demander l’aide juridictionnelle.

Certes, la loi évolue pour simplifier ces démarches : Les députés se sont réunis en mars 2016. Selon l’amendement voté début mai en commission à l’Assemblée, il ne sera plus nécessaire en effet de se rendre au tribunal pour abandonner son nom de baptême, mais simplement de présenter sa demande à un officier d’état civil. En cas de difficulté, ce dernier pourra toutefois saisir le procureur de la République.
« Cela ne concerne que 2 600 à 2 800 demandes par an, mais c’est quand même une avancée importante, souligne Baptiste Coulmont, sociologue à l’université Paris-VIII et auteur du livre  Changer de prénom. De l’identité à l’authenticité. Aujourd’hui, il faut faire appel aux services d’un avocat, qui constitue un dossier, avec les attestations de la famille et des amis qui prouvent que la personne utilise depuis longtemps un autre prénom, attendre entre trois mois et un an pour obtenir une date d’audience, se déplacer devant le juge aux affaires familiales, et ensuite seulement le changement de prénom devient officiel. » Un processus long et très coûteux : comptez entre 500 et 1 500 € selon les avocats. « Avec cette nouvelle procédure ça sera gratuit et les délais seront réduits », ajoute Baptiste Coulmont.

De quoi faciliter la vie de ceux qui envisagent de modifier leur prénom pour « motif religieux ou bien parce qu’il est devenu difficile à porter dans la vie de tous les jours, au travail, ou encore pour tirer un trait sur leur passé, explique Me Bruno Ancel, avocat spécialisé dans les changements de noms et prénoms. Je me souviens d’un client qui s’appelait Tarzan, il trouvait ça ridicule, il a voulu en changer. » Mais cette nouvelle procédure est « tout sauf une bonne idée », selon l’avocat, qui redoute une explosion de demandes : « L’administration va devoir faire face à une tonne de papiers à traiter. C’est une bombe à retardement. »

Certes, les conditions pour admettre un prénom est qu’il doit pouvoir être écrit en alphabet latin (c’est mieux qu’en AZERTY), et ne pas PORTER PRÉJUDICE. Reste donc à la charge de l’officier d’état civil d’établir ou non s’il y aura ou non préjudice pour l’enfant qui, à l’instant, se remet à peine du choc de ne plus être protégé dans le ventre de sa mère.

Il n’empêche.
Il n’empêche qu’il est triste – pour ne pas dire dramatique – de devoir aujourd’hui s’interroger sur une éventuelle liste de prénoms interdits, ainsi que c’est déjà le cas par exemple en Nouvelle Zélande. Il n’empêche qu’il est dramatique, pour ces enfants, d’avoir des parents trop immatures pour ne pas réaliser la portée de leur choix. Un prénom, c’est à vie. Même modifié. L’enfant sait et saura comment ses parents ont choisi de le prénommer. L’enfant, quel que soit le prénom, vit souvent avant même sa naissance en subissant ce choix. Et combien d’enfants au prénom classique dé-test-tent leur prénom et auraient rêvé d’en porter un autre si leurs parents y avaient pensé (Je connais un Eric qui rêvait de s’appeler Raoul) ?

Il n’empêche qu’au moment où je termine cet article, j’entends que des parents à Nice veulent appeler leur enfant Mohamed Merah. La mairie a saisi la justice, jugeant que le prénom que les parents avaient choisi pouvait être assimilé à « une apologie du terrorisme » et nuire à l’enfant.

Non, je ne vois pas le mal partout.
Non, je ne juge pas.
Mais avoir un enfant, c’est mettre au monde un être humain qui va un jour devoir vivre – en principe en adulte – sa vie. Laissons les vivre cette possibilité, dès la naissance. Sans ridicule. Et sans violence.

©Anne-Laure Buffet

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