PAUVRE NÉANT (2)

19512167

Zut, zut, zut, zut zut.

Tu n’es pas unique.
Je n’ai même pas ça pour me raccrocher à quelque chose.

Pour me dire que, seule à vivre ce que tu m’as fait vivre, j’ai au moins ce privilège, celui d’être une exception. Ou pour me dire que le ciel m’a choisie comme paratonnerre. Que toute sa colère, toute sa foudre, il les a enfermées, emprisonnées sous ta peau. Et que tu m’es tombé dessus. Ou encore, que c’est le destin, un destin tragique et bouleversant. Et, une main sur le front et l’autre sur le coeur, je mourrais comme on meurt en scène, la vie ravagée, mais en héroïne. Dont un jour, post mortem, les sacrifices seront reconnus.

Je n’ai même pas droit à ça.

Tu n’es pas unique. Vous êtes nombreux – combien êtes-vous ? – à être des vampires modernes. À venir user vos proies et sucer l’âme de vos victimes. Seriez-vous choisis, avant la naissance, seriez-vous prédestinés à être ainsi ? Vous vous ressemblez tous, tellement. Les mêmes mots, au même instant, si semblables que c’en est déroutant. Les mêmes gestes, aux mêmes moments, donnant à penser qu’on vous offre un guide, un manuel. Vous l’apprenez par coeur, et page après page, chapitre après chapitre, consciencieusement, vous le recrachez.

Vous avez tous les mêmes sourires. La même affabilité, la même gentillesse. La même séduction.
Vous avez les mêmes mains qui se tendent puis se resserrent autour de nous, à nous étouffer.
Vous avez les mêmes regards qui supplient puis terrifient, à nous pétrifier.
Vous avez les mêmes paroles qui caressent puis accusent, à nous massacrer.

Vous êtes prévisibles.
Tous.

Pourtant, on ne vous prévoit pas. On ne prévoit pas d’ouvrir un jour sa porte en se disant : « Génial, aujourd’hui j’ai invité un monstre à souper. Et demain, il va s’installer. ». On n’imagine pas se lever un matin en rayonnant, croyant avoir trouvé le soleil. Et se réveiller quelques années après dans un tunnel qui n’en finit pas et dans lequel il fait noir, tellement noir. On n’envisage pas de ne plus parler, de ne plus manger, de ne plus rire, de ne plus sortir, au prétexte qu’un jour, on a aimé.

On le fait.
C’est ainsi.
Parce que c’est ce que vous cherchez. C’est ce que vous voulez. Et c’est ce qu’avec nous, vous trouvez.

Zut, zut, zut, zut zut.

Tu n’es pas unique.

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